À Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme, la tension monte contre les épiceries de nuit. Confrontées à des problèmes récurrents de nuisances sonores, de consommation d'alcool sur la voie publique et d'insécurité dans plusieurs secteurs du centre-ville, la préfecture et la mairie ont décidé de renforcer significativement les contrôles et les restrictions. La dernière action en date : une vaste opération menée mercredi soir par les services de police dans plusieurs commerces des quartiers de la gare, de Gaillard et de Fontgiève, déjà dans le viseur des autorités depuis plusieurs mois.
Des mesures plus strictes depuis l'automne 2025
Concrètement, le dispositif s'est durci depuis l'automne 2025. Dans plusieurs périmètres du centre-ville, les épiceries de nuit doivent désormais fermer entre 22 heures et 6 heures du matin. Parallèlement, la vente d'alcool à emporter y est interdite entre 20 heures et 8 heures. Ces mesures, prises par arrêtés préfectoral et municipal, sont désormais accompagnées de contrôles beaucoup plus fréquents.
Pour Anne Frackowiak-Jacobs, préfète du Puy-de-Dôme, ces restrictions ne visent pas les commerces de proximité en eux-mêmes. « Cet arrêté vise à garantir un équilibre entre dynamisme commercial et qualité de vie des habitants », insiste-t-elle. Elle évoque également des « manquements répétés aux règles d'hygiène » constatés lors des contrôles menés avec les services de l'État et les forces de sécurité, ainsi que des infractions liées « à la vente illégale de tabac, au travail dissimulé, à la vidéoprotection ou encore à la contrefaçon ».
Témoignage d'une riveraine excédée
Rue Sainte-Claire, près de la place Gaillard, une riveraine raconte un quotidien devenu invivable. « Depuis l'ouverture d'une épicerie de nuit à côté de chez nous, c'est devenu un enfer dans le quartier. Il y a des va-et-vient en permanence, de clients qui n'ont rien à voir avec des épiceries classiques. La rue étroite est régulièrement bloquée par le passage de grosses berlines qui s'arrêtent le soir le temps de récupérer la marchandise. Et je ne parle pas des nuisances sonores. »
Contrôles renforcés et fermetures administratives
Les autorités veulent désormais vérifier systématiquement le respect des horaires de fermeture, des licences de vente d'alcool et des règles d'hygiène et de sécurité. Plusieurs commerces ont déjà fait l'objet de fermetures administratives ces derniers mois pour non-respect des arrêtés ou infractions répétées. Dans les rues du centre, les opérations se veulent visibles : rideaux métalliques contrôlés après 22 heures, vérification des stocks d'alcool, passages répétés de policiers devant les commerces.
« Il s'agit à travers ces arrêtés de rendre notre ville plus sûre le soir et la nuit », affirme Julien Bony, maire LR de Clermont-Ferrand, récemment élu. « La consommation excessive d'alcool est souvent la cause d'agressions, de violences et de troubles à l'ordre public. Notre responsabilité est d'agir. »
Un riverain satisfait des premiers effets
« Ils ont déclaré la guerre aux épiceries de nuit, et ce n'est pas plus mal », estime Xavier Gibold, pharmacien et porte-parole de l'association des riverains du quartier de la gare. Selon lui, les effets sont déjà perceptibles. « Une fois que les règles ont été réellement appliquées, on a retrouvé un calme nocturne classique. Plus de voitures qui tournent, plus de trottinettes dans tous les sens, plus de gens alcoolisés qui restent dans les rues. »
Il raconte aussi les débuts compliqués de la mise en place. « Certains commerces continuaient malgré les arrêtés. Ils fermaient devant mais continuaient par les portes arrière. Ils se sont fait contrôler plusieurs fois, certains ont été fermés administrativement pendant un ou deux mois. » Depuis, selon lui, « la plupart sont rentrés dans le rang ».
Un changement de doctrine à la mairie
Pour les riverains, le changement dépasse la seule question des horaires. « On sent qu'il y a eu un changement de doctrine avec la nouvelle majorité à la mairie », affirme Xavier Gibold. « Avant, les habitants avaient le sentiment que le quartier était un peu abandonné. Aujourd'hui, il y a davantage de patrouilles, plus de présence policière et des contrôles visibles. »
Reste désormais à savoir si cette stratégie produira des effets durables. Plusieurs riverains réclamaient depuis des années une régulation plus stricte de ces commerces nocturnes, tandis que certains gérants dénoncent des mesures pénalisantes pour leur activité. Le bras de fer, lui, semble encore loin d'être terminé, car dans les arrière-boutiques, les trafics sont souvent très juteux.



