Le projet d'installation d'une supérette aux couleurs du groupement U dans l'ancien bâtiment des Studios Lunaret, au cœur du quartier des Beaux-Arts à Montpellier, relance l'inquiétude des riverains et des associations locales. Le bâtiment, fermé depuis 2021, est au centre d'une polémique qui oppose la nécessité de réhabiliter un lieu vacant à la crainte de voir l'équilibre commercial du quartier bouleversé.
Un projet qui se précise
Le futur gérant de la supérette est actuellement en cours de sélection par le groupement coopératif U. Il devrait être connu d'ici début septembre. Si le projet aboutit, des travaux de réhabilitation du bâtiment seront nécessaires. Le propriétaire, Pierre Berthès, a contacté l'association Beaux-Arts Pierre Rouge début juin pour discuter du projet. Nadia Grini, présidente de l'association depuis près de deux ans, confie : « Le propriétaire du bâtiment nous a contactées pour nous informer du projet. Il souhaitait en discuter avec nous. » La supérette occuperait un peu plus de la moitié des 800 m² de surface plancher, répartis sur deux niveaux, laissant 400 m² à l'étage.
Un historique de projets avortés
Le bâtiment des ex-Studios Lunaret a connu une série de projets jamais concrétisés : supérette Carrefour, halle gourmande et culturelle avec restauration (portée par Thierry Aznar, la CCI et la Ville, mais retoquée face à l'opposition des habitants et de l'association Les Vrais Amis du Père Prévost), terminal de cuisson pour boulangerie, moyenne surface de bricolage, skatepark avec café, locaux associatifs… Aucun de ces desseins n'a vu le jour. Le local, loué environ 10 000 euros par mois, a même été squatté par le collectif La Thermite avant d'être délogé par la force publique en mars 2025.
Des craintes sur l'impact commercial
Marie Bastide, figure de proue de l'association des commerçants du quartier, se dit « partagée » : « Nous comprenons que ce lieu vide doit être rempli et qu'il est privé. Dans un monde idéal la Ville l'aurait acquis. Mais, malheureusement, les seuls qui ont les moyens financiers de le faire ce sont les grandes enseignes. » Selon elle, 600 000 euros de travaux sont nécessaires. Une partie servirait à remettre le bâti aux normes, à la charge de Pierre Berthès (qui confirme ce montant), l'autre serait apportée par l'aménageur du futur magasin. « Là, la Ville ne peut pas s'y opposer car le projet tient la route », constate-t-elle.
Une pétition contre la grande distribution
Les associations viennent de lancer une pétition. Le texte rappelle qu'en 2020, un projet Carrefour avait suscité une forte mobilisation, conduisant la Ville à refuser l'autorisation. « La nécessité de protéger la diversité et l'équilibre commercial fragile du quartier et les nuisances occasionnées avaient nourri la mobilisation », indique la pétition. Le maire s'était alors appuyé sur l'avis défavorable des Bâtiments de France, estimant que la transformation d'une salle de sport en supérette aurait des conséquences sur l'écosystème du quartier, et que les contraintes logistiques étaient incompatibles avec la volonté d'apaiser le quartier et de réduire la circulation motorisée. « Est-ce que nous ne sommes pas devant la même problématique avec non-plus un mais deux projets ? Notre quartier est déjà pourvu d'une supérette et cerné par des implantations de la grande distribution », s'interroge la pétition.
Biocoop, un second front
L'autre sujet de crispation est l'ouverture prochaine d'un magasin Biocoop (prévue l'hiver prochain) dans 500 m² au rez-de-chaussée de l'immeuble Place des Beaux-Arts, en cours de finition entre les rues de Substantion et Proudhon. « Pour nous, cette ouverture va plus faire de mal aux commerçants », estime Marie Bastide. Elle martèle : « Il faut que les clients actuels des commerces de détails soient fidèles ! » Une pétition doit être lancée pour soutenir le commerce de proximité. Nadia Grini et Marie Bastide concèdent être « un peu fatalistes, parce que conscientes des réalités de la vie. Mais c'est décevant. »
Des espaces encore disponibles
Reste l'étage, avec 300 m² encore non pourvus. « Ce serait super si une association s'y installait », espère Nadia Grini. Les deux femmes rappellent que le projet U n'est pas encore ficelé et que « Pierre Berthès est ouvert jusqu'au bout à toute proposition ». Le sort du bâtiment emblématique des Beaux-Arts est donc encore suspendu aux décisions à venir.



