La bière gagne du terrain en France, concurrençant de plus en plus le vin, une tendance confirmée par une étude récente. Selon une enquête de l'institut Nielsen, les ventes de bière en grande distribution ont augmenté de 2,5 % en 2015, tandis que celles de vin ont reculé de 1,2 %. Cette évolution s'explique par la montée en puissance des brasseries artisanales et un changement des habitudes des consommateurs, notamment chez les jeunes.
Une progression portée par les microbrasseries
Le nombre de brasseries artisanales a explosé en France, passant de 500 en 2010 à plus de 1 200 en 2016. Ces petites structures proposent des bières aux saveurs variées, souvent locales, qui séduisent une clientèle en quête d'authenticité. Selon le Brasseur de France, le syndicat professionnel, ces brasseries représentent désormais 10 % du marché de la bière en volume, contre 5 % il y a cinq ans.
Cette tendance s'accompagne d'une diversification de l'offre. Les bières blondes traditionnelles cèdent du terrain face aux IPA, aux stouts ou aux bières de garde. Les consommateurs, surtout les 25-35 ans, sont plus enclins à expérimenter et à payer un prix plus élevé pour une bière de qualité.
Le vin, victime de son image
À l'inverse, le vin souffre d'une image parfois perçue comme élitiste ou complexe. Selon une étude de l'Observatoire des vins, la consommation de vin en France a chuté de 20 % en dix ans. Les jeunes générations se tournent davantage vers la bière, jugée plus accessible et moins codifiée. « Le vin est souvent associé à un rituel et à un savoir-faire qui peuvent intimider, alors que la bière se consomme sans cérémonie », explique Pierre Lefort, sociologue spécialiste des habitudes alimentaires.
Les grandes surfaces ont également adapté leurs rayons. La surface dédiée aux bières artisanales a augmenté de 30 % en moyenne dans les supermarchés français. En parallèle, les bars à bières se multiplient dans les grandes villes, proposant des dégustations et des accords mets-bières.
Un impact économique significatif
Cette mutation du marché a des conséquences économiques. Le chiffre d'affaires des brasseries artisanales a bondi de 15 % en 2015, atteignant 1,2 milliard d'euros. En comparaison, le chiffre d'affaires du vin en grande distribution est en baisse de 1,5 %. Les exportations de bière française progressent également, notamment vers les pays asiatiques et nord-américains.
« La bière artisanale française est de plus en plus reconnue à l'international, ce qui ouvre de nouveaux débouchés pour nos producteurs », souligne Marc Delaunay, président de l'association des Brasseurs de France. Il précise que la France est devenue le troisième pays d'Europe en nombre de brasseries, derrière l'Allemagne et la Belgique.
Une concurrence qui profite aux consommateurs
Cette concurrence entre bière et vin profite aux consommateurs, qui bénéficient d'une offre plus large et de prix plus compétitifs. Les viticulteurs, de leur côté, cherchent à moderniser leur image en développant des vins plus accessibles et en misant sur la vente directe. « Nous devons nous adapter aux nouvelles attentes, sans renier notre tradition », explique Julien Dubois, vigneron en Bourgogne.
La tendance devrait se poursuivre dans les années à venir. Selon les prévisions du cabinet IWSR, la consommation de bière en France devrait augmenter de 1,5 % par an d'ici 2020, tandis que celle de vin continuera de diminuer légèrement. La bière, longtemps considérée comme une boisson populaire, s'affirme désormais comme un produit de terroir à part entière.



