La cave coopérative de Frontignan a vécu une première historique en ouvrant ses portes dès le 29 juillet pour la réception des raisins de muscat à petits grains destinés aux vins secs. Le ballet des tracteurs chargés de bennes a débuté à 7h30, marquant le coup d'envoi d'une campagne de vendanges exceptionnellement précoce.
Ouverture inédite en juillet
Jamais auparavant la cave n'avait commencé ses livraisons avant le mois d'août. « C'est du jamais vu d'ouvrir la cave coopérative en juillet. Bientôt, au lieu de regarder le défilé du 14 juillet à la télévision, on ira vendanger », a déclaré William Juan, président de la cave. Cette année, les premiers apports concernent le muscat sec destiné aux vins de Pays d'Oc, récolté à la troisième feuille, avec des degrés alcooliques visés entre 11,5 et 13.
Le premier coopérateur, André Astruc, a livré son chargement dès l'ouverture. Il prévoit cinq livraisons ce jour-là et les dernières le lendemain. Au troisième voyage, le poids atteignait près de 12 tonnes pour un degré moyen d'alcool de 12,24. « C'est l'idéal pour le muscat sec. Si la qualité est au rendez-vous, en revanche, j'ai pas mal de petits grains. Le raisin a vraiment souffert de la chaleur », commente-t-il, tablant sur une récolte moyenne comparable à celle de l'an dernier.
Des degrés en hausse rapide
Patrick Buonomo, du Domaine de la Coste, a livré trois bennes en milieu de matinée, soit près de 12 tonnes, avec un degré moyen de 11. Une quatrième suivra, puis d'autres sur les deux jours suivants. « On est au même niveau que l'an dernier. Après un emballement des degrés les quinze premiers jours de juillet, c'est stable désormais. Quelques grappes exposées au soleil ont grillé mais, sur le plan sanitaire, le raisin est impeccable », précise-t-il.
Les prélèvements de maturité réalisés par l'Institut coopératif du vin révèlent une évolution spectaculaire. Au 15 juillet, le potentiel d'alcool était de 9°, laissant une marge avant le seuil de récolte à 12°. Mais au prélèvement du 22 juillet, le degré avait déjà atteint 12°, alors qu'en année normale la hausse est de 0,5 à 1° par semaine. « Cette année, ce sont 3° en une semaine. Au 27 juillet, le taux s'est stabilisé autour de 12,84°, contraignant la cave à ouvrir la campagne pour éviter que les raisins ne se dégradent. Et deux jours plus tard nous avons atteint les 13,82° », ajoute William Juan.
Conséquences pour les vendanges douces
La réception du muscat à petits grains pour le doux devrait se faire dans la foulée, une fois le sec terminé, soit entre le 1er et le 3 août, alors qu'elle avait débuté le 14 août l'an dernier. « Alors qu'avant, nous faisions une coupure entre le sec et le doux, cela risque de ne pas être le cas cette année », prévoit le président.
Si, auparavant, la floraison et la nouaison arrivaient avec sept à quinze jours d'avance au printemps, cette précocité s'atténuait les mois suivants. Cette année, les quinze jours d'avance se sont retrouvés à l'heure des vendanges. Seul motif de satisfaction : un raisin extrêmement sain, sans impact notoire d'oïdium, de mildiou ou de ravageur (eudémis et ver de la grappe), permettant moins d'interventions phytosanitaires.
Au terme de cette première journée, 50 tonnes ont été livrées pour un degré moyen d'alcool à 12°. La cave coopérative de Frontignan, confrontée à des conditions climatiques exceptionnelles, s'adapte à une nouvelle réalité où les vendanges en juillet pourraient devenir la norme.



