La lutherie artisanale s’épanouit à Alès dans l’atelier de Lucas Farenc. À 30 ans, le facteur de guitare façonne chaque instrument à la main, entre bois rares, sur-mesure exigeant et quête du son parfait.
Dès qu’on passe la porte de l’atelier, il y a comme un changement d’ambiance. Niché à l’impasse de la montée de Silhol, à Alès, Lucas Farenc travaille entouré d’odeurs de bois chauffé et de copeaux. L’homme à la barbe fournie est entouré de guitares et d’instruments à corde, mais il règne un calme apaisant dans son antre.
À 30 ans à peine, le luthier (ou plutôt, comme il le précise lui-même, "facteur de guitare") a déjà derrière lui une dizaine d’années passées dans cet univers exigeant.
"Je pars souvent des plateaux"
Originaire de Toulouse mais installé à Alès depuis l’enfance, il ouvre son atelier en 2015, à seulement 19 ans, juste après ses études. "Quand j’ai fini, j’ai ouvert direct", lance-t-il simplement. À l’époque, il n’existait que deux écoles spécialisées en lutherie guitare en France. Lui suivra quatre années de formation à Mirecourt avant de revenir dans les Cévennes pour lancer son activité.
Dans l’atelier, les planches de noyer, d’acajou ou de cèdre attendent d’être transformées. "Je pars souvent de plateaux, je trace les formes à l’œil, sans patron", explique-t-il avec un clin d’œil. À comprendre : de simples panneaux de bois bruts, qu’il calibre ensuite à la bonne épaisseur avant de commencer l’assemblage. Car ici, les guitares ne sortent pas d’une chaîne industrielle. Tout est fait à la main.
"Je construis la guitare à l’envers"
Lucas Farenc travaille selon la méthode dite "à l’espagnole". "Je commence par la table d’harmonie (la plaque avant de l’instrument), puis je construis la guitare à l’envers", détaille-t-il en montrant ses moules et ses presses chauffantes. Les "éclisses" (les côtés de l’instrument) sont cintrées à chaud avant d’être assemblées au fond et au manche. "Ça se ferme comme une boîte", indique l’artisan.
Si son cœur penche vers les guitares classiques, la clientèle alésienne l’a rapidement poussé vers l’électrique. "Alès, c’est une clientèle très rock", sourit-il. Une autre manière de travailler aussi. "L’électrique, c’est plus de l’usinage. Les acoustiques, c’est de l’assemblage d’essences." Le point commun, lui, reste le sur-mesure. Lucas Farenc ne travaille qu’à la commande. Taille du manche, format, équilibre sonore : chaque instrument est pensé selon le musicien qui le jouera. "Je fais des guitares pour des enfants, des formats 7/8e, des barytons…" Le premier prix démarre autour de 2 500 euros. Un tarif qui reflète les centaines d’heures de travail pour un instrument totalement adapté à son joueur.
"Le plus compliqué, c’est le son"
Au-delà du bois et des outils, le véritable défi reste pourtant invisible : le son. "Quelqu’un arrive avec une idée dans la tête, mais décrire un son, c’est extrêmement compliqué", estime le luthier. Trop de basses pour l’un, pas assez pour l’autre, un son "clair ou brillant"… chaque musicien possède son propre vocabulaire et surtout sa propre oreille. "Moi, je dois réussir à transformer l’idée sonore du client dans un instrument." Une recherche acoustique permanente, qu’il considère comme la partie la plus difficile de son métier.
Et la lutherie ne se limite pas au bois. Réparations électroniques, micros actifs, préamplis, vernis au tampon en 19 couches… "C’est presque plusieurs métiers en un", glisse-t-il. Même après quinze ans dans le domaine, Lucas Farenc continue d’apprendre. "On apprend toujours de nouvelles techniques." Dans son petit atelier alésien, entre précision artisanale et recherche sonore, les guitares continuent ainsi de prendre forme lentement, à l’œil… et à l’oreille.



