Wine Paris : la filière bordelaise cherche un nouveau souffle commercial
Wine Paris : le Bordelais tente de relancer ses ventes

Wine Paris : la filière bordelaise cherche un nouveau souffle commercial

Alors que la filière viticole bordelaise traverse une période de turbulences économiques persistantes, plus de trois cents vignerons et négociants ont fait le déplacement jusqu'au salon Wine Paris, qui se tient porte de Versailles à Paris. Cet événement international majeur, qui accueille soixante mille visiteurs et des représentants de plus de cent cinquante-cinq marchés différents, représente une véritable bouffée d'oxygène pour une profession en quête de nouveaux débouchés commerciaux.

Un rendez-vous stratégique incontournable

Parmi la foule dense qui inonde les allées du parc des expositions, on croise aussi bien des prescripteurs modestes que de grands importateurs internationaux. Anthony Gourmel, PDG de la société japonaise Pieroth, en est un parfait exemple. Sa société, qui emploie près de six cents personnes et propose trois mille références au Japon – dont un tiers de vins français et environ vingt pour cent de bouteilles girondines – considère Wine Paris comme son unique salon de l'année. « C'est le plus efficace et le plus central », confie-t-il. « Avec la dévaluation du yen, les déplacements coûtent cher et on ne peut pas s'éparpiller. Ici, nous venons planifier nos stratégies et absorber les nouvelles tendances. »

Adapter les produits aux nouvelles attentes

Une de ces tendances émergentes est résumée par le slogan « Drink Bordeaux Young » – boire des bordeaux jeunes. Philippe Tapie, président de Bordeaux Négoce, défend cette approche en sirotant un millésime 2020 d'un grand cru classé du Médoc. « Nous ne sommes plus au temps de papi, le monde change », insiste-t-il. « Est-ce que le consommateur d'aujourd'hui a envie d'attendre vingt-cinq ans pour ouvrir sa bouteille ? Non ! » Il observe une crise qui frappe de plein fouet, avec des contraintes géopolitiques, des taux de change défavorables et une baisse générale de la consommation. « Cela nous oblige à travailler deux fois plus », ajoute-t-il.

Sa maison, HMS, spécialisée dans les belles étiquettes, réalise quatre-vingt-dix pour cent de son chiffre d'affaires à l'export. Wine Paris s'avère donc un passage obligé. « On y rencontre nos relais de vente qui vont ensuite s'adresser aux clients finaux », explique Philippe Tapie. « Tout le monde se retrouve ici. Cela m'évite d'accomplir plus de deux tours du globe par an. Les rendez-vous sont calés quatre mois à l'avance, nous nous rencontrons principalement pour renforcer les liens commerciaux. »

Une accélération du business plutôt que des deals immédiats

Près du bar des Grands chais de France, Tobias Lassak, manager export, abonde dans ce sens. « Ce n'est pas forcément ici qu'on réalise des deals, il s'agit plutôt d'une accélération du business », précise-t-il. Originaire de Stuttgart, il s'adresse principalement à des clients allemands, autrichiens ou suisses. « La plupart de nos rendez-vous ont été programmés, mais parfois, on gère des passages spontanés », livre-t-il. « On présente le nouveau millésime, les dernières cuvées et des innovations comme le claret. » Ce vin léger et fruité vise à séduire les nouvelles générations de consommateurs.

Sur l'imposant stand des Grands chais de France, premier groupe français exportateur de vins et spiritueux, l'activité est intense. Jean-Raymond Clarenc, directeur commercial de Crus et domaines de France, l'entité bordelaise du groupe, estime que « Wine Paris permet parfois de conclure des affaires ou d'en initier ». « En plein mois de février, le salon tombe à pic », ajoute-t-il. « Nous avons une clientèle européenne qui vient travailler son réapprovisionnement du printemps et une clientèle grand export qui va plutôt préparer ce qu'il va se passer après l'été. »

Un travail sur le long terme malgré l'urgence du contexte

Dans le Hall 7, dédié aux vignerons bordelais, un producteur du Médoc tempère les attentes. « Sur un salon de particuliers, lorsque c'est fini, on peut compter les œufs au cul de la poule, il suffit de compter les bouteilles vendues », confie-t-il. « Ici, on aimerait avoir des réponses rapides car le contexte nous presse, mais il faut se montrer patient. On sait que c'est un travail sur le long terme. »

Bernard Farges, président du Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux, se félicite quant à lui de l'atmosphère des premières heures. « On arrête de parler de crise, place au business et à la promotion de nouveaux produits : cela fait du bien », déclare-t-il. Pour la filière bordelaise, Wine Paris représente donc bien plus qu'un simple salon : c'est une vitrine essentielle pour redynamiser les ventes et adapter l'offre aux évolutions du marché mondial, dans un environnement commercial de plus en plus concurrentiel et agressif.