Sur les hauts plateaux du Vietnam, une révolution agricole est en cours : le durian, fruit au parfum puissant et à la chair crémeuse, remplace progressivement le café, une culture historiquement ancrée dans la région. Cette transition, motivée par des rendements financiers nettement supérieurs, redessine le paysage économique et social de cette zone montagneuse du pays.
Une bascule économique vers le durian
Les agriculteurs des hauts plateaux, région réputée pour son café robusta, se tournent massivement vers le durian. La raison est simple : les revenus générés par le durian sont bien plus élevés que ceux du café. Selon les témoignages recueillis sur place, un hectare de durian peut rapporter jusqu'à 500 millions de dongs vietnamiens par an, soit environ 20 000 euros, contre 100 millions de dongs (environ 4 000 euros) pour un hectare de café.
Cette différence de rentabilité a convaincu de nombreux producteurs de déraciner leurs caféiers pour planter des durians. La demande, notamment en provenance de Chine, est en forte croissance, ce qui rend le marché du durian particulièrement attractif. Les exportations de durian vietnamien vers la Chine ont explosé ces dernières années, faisant de ce fruit l'un des produits agricoles les plus dynamiques du pays.
Un bouleversement pour les communautés locales
Cette transition n'est pas sans conséquences pour les communautés locales. Les caféiculteurs, souvent attachés à une tradition familiale, doivent s'adapter à de nouvelles techniques de culture, plus exigeantes en main-d'œuvre et en soins. Le durian nécessite en effet une attention particulière, notamment en matière d'irrigation et de protection contre les maladies.
Par ailleurs, la monoculture du durian suscite des inquiétudes quant à la durabilité environnementale. Les experts locaux appellent à une diversification des cultures pour préserver les sols et éviter les risques liés à une dépendance excessive à un seul produit. Certains agriculteurs, prudents, choisissent de conserver une partie de leurs caféiers, tout en intégrant le durian dans leurs exploitations.
Un avenir incertain pour le café vietnamien
Le Vietnam est le deuxième producteur mondial de café, mais cette nouvelle orientation pourrait modifier sa place sur le marché international. La réduction des surfaces consacrées au café pourrait entraîner une baisse de la production nationale, avec des répercussions sur les prix mondiaux. Les autorités locales, conscientes de ces enjeux, encouragent une transition encadrée, afin de concilier rentabilité économique et préservation de l'identité agricole de la région.
Les prochaines années seront décisives pour l'équilibre entre ces deux cultures. Les choix des agriculteurs des hauts plateaux vietnamiens, guidés par les réalités économiques, façonneront l'avenir agricole de la région et influenceront les marchés mondiaux du café et du durian.



