La cave coopérative Terra Provincia, à Cuers et Puget-Ville, a lancé ses vendanges le 7 août 2026, devenant la première du Var à ouvrir ses portes. Après trois mois de sécheresse, les récoltants constatent des pertes de rendement estimées entre 15 et 20 %, mais les vignes ont globalement bien résisté.
Une sécheresse marquée et des vendanges précoces
Il est 7 heures, les premiers rayons du soleil percent à peine à travers les rangées de vignes d'une parcelle de grenache située en contrebas de Puget-Ville. Maurice Caranta, viticulteur, montre les effets de la sécheresse qui sévit depuis la dernière pluie significative tombée localement le 8 mai dernier. « Regardez, on voit bien que certaines feuilles ont séché et que la grappe a souffert. Lorsque la vigne est en stress hydrique, elle puise l'eau des fruits après avoir récupéré celle du feuillage », explique-t-il.
Didier Puget, un autre viticulteur qui partage la même machine à vendanger, abonde : « Par endroits, la vigne est tellement roussie qu'on dirait que le feu est passé dessus. Il y a des baies flétries en pagaille. Le grenache, il n'aime vraiment pas les fortes températures. »
Un record de précocité battu chaque année
La maturité précoce du cépage majoritaire de l'AOC Côtes de Provence, ainsi que des autres cépages (tibouren, syrah, mourvèdre, cinsault, carignan, cabernet, rolle), a obligé la cave coopérative Terra Provincia à ouvrir ses portes dans la nuit du 7 août. « L'an dernier, on avait ouvert le 11 août. Tous les ans, on bat le record », soupire Florian Lacroux, le directeur de la cave. Non loin, à Pierrefeu, le domaine Kennel a même commencé ses vendanges deux jours plus tôt.
Le record de précocité aurait pu être battu plus largement. « On a compté jusqu'à dix jours d'avance sur les temps de passage, lorsque le fruit est sorti puis après que la vigne a changé de couleur, détaille Florian Lacroux. C'est dû à un hiver très pluvieux puis à l'arrivée rapide de la chaleur au printemps alors que d'habitude on connaît quelques coups de froid. Avec la canicule, la vigne s'est mise en pause si bien qu'on est finalement passé de dix jours d'avance à quatre. »
André Camous, 70 ans, qui vendange depuis son plus jeune âge, témoigne : « La vitesse à laquelle nous avons été soumis au changement climatique est fulgurante. Le début de la vendange est passé en quelques années du 10 septembre au 7 août. »
Une adaptation nécessaire face au dérèglement climatique
Les responsables de la cave doivent s'adapter au dérèglement des certitudes. « Avant, on commençait par tel cépage sur telle parcelle, mais là, les cartes sont rebattues. Il faut être hyper précis », indique Florian Lacroux. Tous les deux jours, lui et ses maîtres de chai font un point pour corriger et affiner le planning des récoltes selon la maturité des fruits. Les équipes sont rentrées dès le 1er août pour préparer les deux caveaux, rejointes depuis par une vingtaine de saisonniers afin de tourner à plein régime.
La cave coopérative Terra Provincia, née de la fusion en 2011 de la cave Saint-Roch de Cuers et du cellier Saint-Sidoine de Puget-Ville, pèse 60 000 hectolitres sur 1 200 hectares et rassemble près de 250 producteurs. Seulement 10 % de la vendange est effectuée à la main, sur de vieilles vignes taillées en gobelet. Antonin Grimaud, 20 ans, est tractoriste et conduit sa machine à vendanger dès 3 heures du matin pendant un mois, avec un bonheur non feint.
La lutte contre la chaleur, un enjeu majeur
« Le froid, c'est l'enjeu numéro un pour nous, d'autant plus avec les rosés, pose Florian Lacroux. Il permet de ralentir l'oxydation des arômes et d'avoir une couleur plus claire en limitant l'infusion des peaux. » Les raisins ramassés vers 5 heures arrivent en cave à 18 degrés et sont ramenés à 10 degrés grâce à des systèmes de réfrigération très coûteux en énergie. « À 11 heures, on atteindrait 30 degrés », compare le directeur. Le jus est pressé en 4 heures et restera une semaine à 0 degré en cuve.
Avant de repartir sur son tracteur, Maurice Caranta lance avec humour : « Bon il y a quand même un avantage à tout ça. En septembre, je serai tranquille pour m'occuper de mes oliviers… »



