Thierry Saltel, berger à Montbazin, dans l’Hérault, se dit prêt à jeter l’éponge. « C’est peut-être la dernière fois que je fais la transhumance », confie-t-il, à quelques jours de la 5e édition de la fête de la transhumance, prévue le 20 juin à Aumelas. La cause de son désarroi : la menace du loup.
Une transhumance sous tension
Depuis près de 50 ans, Thierry Saltel guide son troupeau de 800 brebis Caussenardes des garrigues depuis son exploitation jusqu’au Larzac, à raison de 20 kilomètres par jour. Mais cette année, la tradition est entachée par la peur. Il y a quatre ans, il a perdu 14 bêtes lors d’attaques nocturnes à Saint-Maurice-de-Navacelles. Malgré la présence de patous et le fait de dormir auprès du troupeau, les attaques ont été « intenables », selon lui.
« La fatigue vous prend, c’est invivable », témoigne-t-il. Cette année, le déclassement de la protection du loup, annoncé à la fin de l’hiver, lui semble insuffisant. « Cela va dans le bon sens, mais le vrai bon sens serait qu’il n’y ait plus de loup du tout. La cohabitation est impossible, c’est incompatible », martèle-t-il.
Un avenir incertain pour le pastoralisme
Avec le réchauffement climatique, les brebis devraient sortir la nuit pour profiter de la fraîcheur, mais Thierry Saltel envisage de les enfermer pour les protéger. « Je suis d’accord pour la cohabitation avec le loup, mais à condition de pouvoir l’enfermer la nuit », ironise-t-il. Pourtant, le cœur n’y est plus. « Je pense que cette année, ce sera peut-être la dernière transhumance pour moi. On verra comment cela va se passer, car je ne supporte pas de voir des brebis se faire tuer. »
L’alternative de rester sur l’exploitation, avec les brebis à l’intérieur et du fourrage, lui semble de plus en plus réaliste. « Car si le loup attaque, on va passer un été en enfer. Mais s’il n’y a plus de loup, je continuerai la transhumance… »
Une fête malgré tout
La 5e fête de la transhumance en Grés de Montpellier se déroulera le vendredi 20 juin à Aumelas, à partir de 18h. Au programme : dégustation de vins des domaines locaux (Château Bas d’Aumelas, Clos de l’Amandaie, Mas des Colibris, etc.), marché du terroir avec miel, fromages, charcuterie, et arrivée du troupeau de 800 brebis. L’animation musicale occitane sera assurée par Lo Chivalet, de Cournonterral. Une balade nocturne est prévue à 22h30 pour accompagner les brebis en estive. L’entrée est à 5 €, avec un kit de dégustation offert.
Malgré la fête, l’angoisse persiste. Selon des observations publiées par les services de l’État, au moins un loup a été photographié fin avril sur le territoire de Saint-Maurice-de-Navacelles. Pour Thierry Saltel, l’avenir de la transhumance est plus que jamais incertain.



