La tension monte autour du projet de loi d’urgence agricole. Adopté ces derniers jours à l’Assemblée nationale, le texte arrive au Sénat déjà fragilisé. En commission, ce matin, les sénateurs ont voté plusieurs modifications – dont une très sensible : le retour possible, à titre dérogatoire, de deux insecticides interdits en France.
Des pesticides au cœur des tensions
Une décision loin de faire l’unanimité au gouvernement. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a ainsi mis en garde contre un débat explosif. Elle a notamment alerté sur les conséquences politiques de ce virage, alors que le texte est censé répondre à des attentes fortes du monde agricole.
Dans un message écrit transmis à l’AFP, Annie Genevard est claire : « Le gouvernement n’est pas favorable à cette évolution, qui fait courir le risque de débats houleux pouvant compromettre l’adoption définitive d’un projet de loi qui contient pourtant de nombreuses mesures très attendues du monde agricole ». L’amendement en question autorise le retour de l’acétamipride et du flupyradifurone, deux produits bannis en France mais encore utilisés ailleurs en Europe. Un sujet hautement inflammable, déjà à l’origine de vives mobilisations ces derniers mois.
Pour la ministre, « ce débat trouverait davantage sa place dans un véhicule législatif parlementaire dédié », a-t-elle ajouté, en visant directement la proposition de loi du sénateur LR, Laurent Duplomb, qui contient les mêmes mesures. Un rappel qui n’est pas anodin. La précédente loi dite « Duplomb » avait été partiellement censurée par le Conseil constitutionnel. Elle avait aussi déclenché une mobilisation massive, avec une pétition dépassant les deux millions d’opposants à la réintroduction de l’acétamipride.
Un texte remanié mais renforcé
Malgré ces tensions, Annie Genevard veut retenir le positif. Elle salue un travail sénatorial qui conforte, selon elle, les ambitions initiales du texte. « Les grandes ambitions du texte ont non seulement été confirmées, mais également renforcées », affirme-t-elle. Elle relève aussi que les sénateurs ont corrigé certaines mesures jugées juridiquement fragiles. Notamment sur l’approvisionnement des cantines ou l’interdiction d’importer des produits traités avec des pesticides interdits en France mais autorisés dans l’Union européenne.
Le projet ne fait pas débat que sur les pesticides. Au Sénat, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a aussi critiqué le contenu du texte. Elle a ciblé en particulier les dispositions sur l’eau et la gestion du loup. « Je trouve que cela va beaucoup trop loin sur l’eau et cela va beaucoup trop loin sur la prédation du loup. J’attends maintenant effectivement les discussions qui vont se tenir ici et bien évidemment il y a un certain nombre de reculs, en particulier sur l’eau, qui ne peuvent pas être acceptables », a-t-elle déclaré lors des questions au gouvernement.



