Avant le final à Avranches, le polyvalent offensif raconte les hauts et les bas connus par une équipe renouvelée l'été dernier. Convaincu que la base est forte, Steve Shamal, formé dans un club avec qui il a gagné la Coupe Gambardella et goûté au banc de touche de Ligue 1, est revenu l'été dernier pour ça : aider les Girondins à monter en Ligue 3. Avant le match décisif à Avranches ce samedi, l'ailier est revenu pour « Sud Ouest » sur une saison mouvementée qui peut finir en apothéose ou en regrets.
Une saison marquée par la résilience
Comment qualifieriez-vous la saison ? Très bonne. Notre objectif était d'atteindre 20 victoires, j'espère qu'on le fera ce week-end et que ça sera récompensé de quelque chose de beau. Il nous reste 90 minutes, et on a montré qu'on avait beaucoup de ressources mentales. À chaque fois qu'on a été en difficulté, on a su relever la tête. L'ancien et le nouveau staff, ce groupe, ne sont composés que de bonnes personnes qui ont toujours essayé de tirer vers le haut et sont restés unis.
Y a-t-il une frustration de ne pas avoir tout son destin en main ? Il y a une autre équipe qui fait une saison exceptionnelle. Mais il ne faut pas commencer à cogiter. On fait notre bonhomme de chemin. Je pense qu'on a ravivé la flamme des supporters. Ils croient en nous. On a déjà 61 points, c'est énorme. Normalement, avec ce total, on monte.
Un parcours semé d'embûches
Est-ce que ça a été plus dur qu'attendu ? Je n'avais pas connu ce niveau depuis 10 ans et la réserve des Girondins. Je me suis rendu compte que c'était plus dur de passer de L2 en N2 que l'inverse. Il faut se réadapter à d'autres caractéristiques. Et jouer aux Girondins à ce niveau rend tout plus difficile : les adversaires ont tous envie de briller. On a mis un peu de temps puis on a trouvé notre équilibre.
Certains moments clés vous ont-ils marqué plus que d'autres ? La victoire à Poitiers (3-0, en octobre) : on a joué pour la première fois en 4-4-2, on a montré notre potentiel. Et la semaine suivante contre la Roche-sur-Yon (3-0), on a envoyé un message à tout le monde. Avec un groupe au complet et en bonne santé, on peut faire mal. Le match de Coupe de France à l'ASMUR (8e tour, 3-4 en décembre) dit aussi beaucoup de notre groupe : être mené 3-0, même par une R1, et revenir, ce n'est pas rien. On est allé se le chercher. Celui au Puy (N1, 0-1) était de qualité. L'aller contre Bayonne (1-0) ou le retour contre Saint-Malo (2-0) ont montré qu'on savait gagner dans la difficulté. Et à Bayonne (1-2) il y a deux semaines, on a fait un match plein. Même menés, on est resté tranquille.
Le creux du mois de mars
Comment expliquez-vous le creux du mois de mars ? Le groupe était amoindri. Matthieu (Villette) et moi étions absents, Abou (Ba) reprenait juste, Royce (Openda) et Guillaume (Odru) étaient touchés… Mais la défaite à La Roche-sur-Yon (1-0, fin mars) nous a surtout affectés sur le plan mental. On en a trop fait, on a trop cru que la saison se terminait là alors qu'il restait 8 matchs. Dès qu'on a réussi à digérer ça, on a trouvé les ressources ensuite et on a enchaîné. C'est ce qui fait aussi la beauté de cette saison. On a eu un trou d'air, La Roche a pris de l'avance mais on est revenu et ce sont eux qui ont ralenti. On est là.
Avez-vous craint que le groupe ne lâche après Chauray (1-3) ou Lorient (2-3) ? C'est normal qu'on se pose des questions. Mais, comme je l'avais dit après Lorient, on ne sait jamais comment s'écrit le reste de l'histoire. On a essayé de ne pas écouter les critiques, de rester unis. On sait qu'on a un groupe de qualité. Avec les joueurs d'expérience, on a essayé de remobiliser tout le monde. Le club a choisi de donner un nouveau souffle en changeant de staff, mais on travaillait bien, on était deuxième. Rio (Mavuba) l'a dit : il n'a pas récupéré un groupe malade.
Un groupe soudé et compétitif
Comment qualifieriez-vous ce groupe ? Sur le plan humain, c'est un des meilleurs de ma carrière. L'équipe avait été renouvelée à 90 %, personne ne se connaissait et on a créé un lien. Quand il fallait faire une remarque, rattraper un qui s'éloignait ou quand c'était compliqué, personne n'a critiqué. Ça s'est fait naturellement. Quand Théo (Freulard, prépa physique) a organisé ses activités de cohésion, tout le monde a adhéré. Ça a insufflé un état d'esprit, soudé des valeurs qu'on veut montrer. Il faut que les joueurs qui viendront sachent qu'à Bordeaux, c'est comme ça. Les valeurs des Girondins, à l'époque des titres, c'était une équipe qui ne lâchait rien, qui se bagarrait. On veut remontrer ça.
Dans le jeu, comment décririez-vous l'identité de l'équipe ? Le coach Irles nous avait dit que notre équipe évoluerait au fil de la saison, qu'on ne jouerait pas toujours de la même façon. On a eu nos périodes : de la maîtrise cet automne, beaucoup de pressing. C'était énergivore donc on s'est placé ensuite en bloc médian, pour jouer en transition avec les qualités de vitesse de Royce (Openda). Là, avec Rio (Mavuba), on reprend la possession.
Ce groupe serait-il compétitif en Ligue 3 ? Franchement, je pense qu'on existerait. Ce serait différent, on aurait un peu plus d'espaces. On serait un peu moins attendu. Mais on est plusieurs à avoir connu ce niveau. On voit que Fleury, Aubagne, Le Puy figurent bien en arrivant de N2. Surtout, on a un groupe.
Un dernier match décisif
Abordez-vous ce match à Avranches comme une finale ? Le but est de terminer sur une bonne note. 64 points, ce serait incroyable. On le prépare comme on l'avait fait contre Bayonne, Les Herbiers : pour tout donner.
Placement Relayeur en préparation, puis en faux 9, ailier et maintenant « numéro 10 » derrière l'avant-centre : Steve Shamal aura multiplié les rôles cette saison. « Ça ne me dérange pas. Au début, le coach Irles voulait que je vienne entre les lignes. J'ai ma préférence à gauche mais là, je suis à nouveau au cœur du jeu. J'essaie de faire le lien entre la défense et l'attaque. Ça se passe bien, même si je sais que je dois être meilleur dans les 30 derniers mètres. On m'a attendu sur ça toute ma carrière. Je commence aussi à prendre de l'âge. J'ai encore du gaz pour jouer sur les côtés, mais si je dois réaxer, ce n'est pas un souci. »



