La loi d'urgence agricole, adoptée dans un climat de tension, autorise le retour sous dérogation de deux puissants insecticides, l'acétamipride et la flupyradifurone, interdits en France depuis 2020. Ces substances, considérées comme des tueuses d'abeilles et autres pollinisateurs, sont pourtant encore utilisées dans plusieurs pays de l'Union européenne. Cette décision fracture le monde agricole et politique, allant jusqu'à provoquer la démission éphémère de la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, finalement rejetée par Emmanuel Macron.
Les pesticides concernés : des risques avérés
L'acétamipride et la flupyradifurone sont des insecticides néonicotinoïdes, une famille chimique accusée de contribuer au déclin des abeilles. Des études scientifiques ont également établi des dangers potentiels pour le développement du système nerveux de l'enfant et du fœtus humain. Leur interdiction en France remonte à 2020, mais les filières agricoles confrontées à des ravageurs spécifiques (noisettes, betteraves, cerises, pommes) peuvent désormais demander à l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) une dérogation provisoire. L'Anses dispose de deux mois pour examiner ces demandes, un délai jugé trop court par l'agence. Chaque dérogation peut être renouvelée deux fois sur une période maximale de trois ans.
Division au sein du monde agricole
Les mesures de la loi d'urgence apaisent les syndicats traditionnels – FNSEA, Jeunes Agriculteurs, Coordination Rurale – qui saluent des avancées concrètes pour les producteurs en difficulté. En revanche, la Confédération Paysanne, représentant une agriculture plus écologique, dénonce « l'entérinement du modèle productiviste qui nous conduit dans le mur ». Laurent Crouzet, de la Coordination Rurale de l'Hérault, justifie pourtant le recours à ces dérogations : « Ce recours est une question de survie pour des filières qui sont quasiment anéanties comme la cerise. » En Occitanie, les producteurs de pommes, frappés cette année par une invasion de pucerons, attendaient cette dérogation avec impatience. Jean-Michel Roux, pomiculteur près de Lunel dans l'Hérault, explique : « Nos pommes, piquées, ne grossissent plus. Il y a une distorsion par rapport aux producteurs polonais, italiens ou espagnols, qui peuvent encore utiliser l'acétamipride et qui viennent nous concurrencer ici. »
Un processus politique tendu
La loi a fissuré le bloc centriste à l'Assemblée nationale, tandis que des députés de La France Insoumise (LFI) ont annoncé leur intention de saisir le Conseil constitutionnel. Le ministère de l'Agriculture a précisé qu'aucune procédure de dérogation ne sera lancée avant la décision des Sages, reportant ainsi l'application concrète du texte. Les producteurs espéraient une promulgation rapide, avant fin août, pour pouvoir utiliser ces produits dès cette saison. Mais ce calendrier semble compromis par le recours annoncé. La ministre de la transition écologique, Monique Barbut, avait démissionné pour protester contre ces dérogations, mais Emmanuel Macron a refusé sa démission, soulignant les tensions au sein du gouvernement.
Un contexte européen contrasté
Si l'acétamipride et la flupyradifurone sont interdits en France, ils restent autorisés dans de nombreux États membres de l'UE, créant une distorsion de concurrence dénoncée par les agriculteurs français. La loi d'urgence vise à répondre à une crise agricole marquée par des pertes de rendement et des difficultés économiques. Les dérogations sont présentées comme une solution temporaire pour les filières les plus touchées, mais les opposants pointent les risques sanitaires et environnementaux à long terme. Le débat sur ces pesticides illustre la difficulté de concilier productivité agricole et protection de la biodiversité en France.



