Le projet de loi d'urgence agricole, présenté en Conseil des ministres le 9 juillet 2026, suscite une vive opposition de la part des acteurs de l'eau. Ces derniers dénoncent un texte qui, selon eux, place l'agriculture au-dessus des autres usages, au détriment d'une gestion équilibrée et durable de la ressource hydrique.
Des mesures jugées déséquilibrées
Le texte prévoit notamment de faciliter la création de retenues d'eau et d'assouplir les règles d'irrigation en période de sécheresse. Les associations environnementales et les fédérations de pêche estiment que ces dispositions risquent d'aggraver la pression sur les milieux aquatiques déjà fragilisés par le changement climatique.
Selon un communiqué conjoint de France Nature Environnement et de la Fédération nationale de la pêche en France, le projet de loi « sacrifie l'intérêt général au profit d'une agriculture intensive, en ignorant les préconisations des scientifiques et des agences de l'eau ». Les deux organisations appellent à un débat public approfondi avant toute adoption.
Une mobilisation croissante
Plusieurs collectifs d'acteurs de l'eau, réunissant associations, syndicats de rivières et élus locaux, se sont constitués pour contester le texte. Une pétition en ligne a déjà recueilli plus de 120 000 signatures en moins d'une semaine. Des manifestations sont prévues dans plusieurs régions, notamment dans le Sud-Ouest et le bassin de la Loire, où les conflits autour de l'irrigation sont récurrents.
« Ce projet de loi est un recul historique pour la protection de l'eau en France. Il remet en cause des décennies de politique de gestion équilibrée », déclare Anne-Marie S., porte-parole du collectif Eau Bien Commun. Elle ajoute : « Nous ne laisserons pas passer ce texte sans une mobilisation massive. »
Un contexte de sécheresse
Le projet de loi intervient alors que la France connaît une sécheresse précoce et intense. Selon Météo-France, le mois de juin 2026 a été le deuxième plus sec depuis 1959, avec un déficit pluviométrique de 40 % par rapport à la normale. Les nappes phréatiques sont à des niveaux historiquement bas dans plusieurs départements, suscitant des restrictions d'eau pour les particuliers et les agriculteurs.
Le gouvernement justifie son texte par la nécessité de soutenir une agriculture en crise, confrontée à des aléas climatiques de plus en plus fréquents. « Il s'agit de donner aux agriculteurs les outils pour s'adapter au changement climatique, tout en garantissant une utilisation raisonnée de l'eau », a déclaré le ministre de l'Agriculture lors de la présentation du texte.
Des inquiétudes sur la gouvernance
Les opposants au projet de loi pointent également un risque de démantèlement de la gouvernance collective de l'eau. Actuellement, les décisions d'attribution des volumes d'irrigation sont prises par les comités de bassin, où siègent collectivités, usagers et associations. Le texte prévoit de renforcer le poids des chambres d'agriculture dans ces instances, ce qui, selon les détracteurs, déséquilibrerait la représentation.
« On assiste à une mainmise du monde agricole sur la gestion de l'eau, au détriment des autres usagers et de l'environnement », s'alarme un responsable de l'association Eau et Rivières de Bretagne. Le collectif Eau Bien Commun réclame le retrait pur et simple du texte et l'ouverture d'un véritable débat citoyen sur la gestion de l'eau.
Vers des amendements
Le gouvernement a indiqué être ouvert à des amendements, notamment pour renforcer les clauses de suivi environnemental. Le texte doit être examiné en commission à l'Assemblée nationale à partir du 20 juillet. Les acteurs de l'eau promettent de rester mobilisés et de faire entendre leur voix lors des auditions parlementaires.



