À l'approche des quarts de finale de la Coupe du monde, qui opposent la France au Maroc, la communauté marocaine de Paris est partagée entre deux loyautés. Dans le 18e arrondissement, bastion de la diaspora, les avis divergent. « Je soutiens le Maroc, c'est mon pays d'origine, mais j'ai grandi en France, donc je suis aussi un peu pour les Bleus », confie Karim, 34 ans, habitant de la Goutte d'Or. Selon une enquête réalisée par l'IFOP pour Le Monde, 62 % des personnes d'origine marocaine vivant en France déclarent soutenir l'équipe du Maroc, contre 28 % pour la France.
Un match chargé d'histoire
Cette rencontre est inédite : jamais deux équipes africaine et européenne ne se sont affrontées à ce stade de la compétition. Pour beaucoup, c'est aussi un symbole des liens entre les deux pays. « C'est un match qui dépasse le sport, ça parle d'identité, de racines », explique Leïla, 28 ans, qui prévoit de regarder le match avec des amis marocains et français. Les terrasses de cafés du quartier, comme le Café de la Place, affichent complet depuis l'annonce de la qualification des deux équipes.
Des tensions mais pas de conflit
Si l'enthousiasme est palpable, des tensions sous-jacentes existent. « Certains jeunes disent qu'ils vont fêter la victoire du Maroc comme un pied de nez à la France, mais la plupart veulent juste un beau match », nuance Ahmed, président de l'association culturelle marocaine de Paris. Les autorités ont prévu un dispositif de sécurité renforcé autour des lieux de rassemblement. Cependant, la majorité des personnes interrogées insistent sur l'aspect festif. « On va gagner ou perdre ensemble, mais on va surtout partager un moment unique », ajoute Fatima, 45 ans, mère de trois enfants.
Un enjeu économique et social
Au-delà de l'aspect sportif, ce match a des répercussions économiques. Les commerces de la région parisienne, notamment les restaurants et les épiceries, voient leur chiffre d'affaires augmenter de 30 % en moyenne les jours de match, selon la Chambre de commerce et d'industrie de Paris. Les ventes de drapeaux marocains et français ont explosé. « On n'a jamais vu ça, les deux couleurs se mélangent dans les vitrines », observe un commerçant de la rue Myrha.
Une fierté partagée
Pour de nombreux binationaux, ce match est l'occasion de célébrer une double appartenance. « Je suis né ici, mes parents sont marocains. Je suis fier des deux équipes », déclare Samir, 22 ans, étudiant. Les réseaux sociaux s'enflamment, avec des hashtags comme #FranceMaroc ou #FiertéDouble. Le match promet d'être un moment de communion, malgré les divergences de soutien. « Quoi qu'il arrive, on sera tous ensemble après le match », conclut Karim.



