Oignons doux des Cévennes : la sécheresse fait chuter la récolte de 20 %
Oignons doux des Cévennes : la sécheresse fait chuter la récolte

La récolte d'oignons doux des Cévennes s'établit à environ 1 600 tonnes cette année, contre plus de 2 000 tonnes lors des bonnes années, en raison de l'été caniculaire et du manque d'eau. Philippe Boisson, président de la coopérative Origine Cévennes qui regroupe 60 producteurs, a livré ce constat avant la 32e foire de la pomme et de l'oignon, prévue dimanche 18 octobre au Vigan.

Une saison marquée par la canicule et une récolte en forte baisse

L'été a été particulièrement difficile pour l'ensemble du monde agricole, y compris en Cévennes. « Nous avons eu un nombre de jours à plus de 35 degrés effrayant », témoigne Philippe Boisson. Avec de moins en moins d'eau dans les rivières, les fonds de vallée n'ont pas été rafraîchis, et les secteurs plus au sud comme Sumène et Saint-Martial ont davantage souffert que Valleraugue ou Val d'Aigoual.

Cette situation a entraîné une forte baisse de la récolte, autour de 1 600 tonnes au total. Les oignons ont souffert et risquent de moins bien se conserver, ce qui creusera encore l'écart entre le volume récolté et la vente. Pour Philippe Boisson, qui en est à sa 26e saison en tant que producteur, « c'est la plus difficile ». Sa production d'oignons a chuté de 50 %, et il a dû arrêter d'arroser 2 500 m² de parcelles pour préserver les autres. Le soleil a brûlé le feuillage, l'eau entre dans le cœur de l'oignon, provoquant de la bactériose. De plus, la grêle au printemps et le premier épisode cévenol fin septembre, avec 350 mm d'eau en cinq heures, ont aggravé la situation.

Des micro-bassines réclamées face au manque d'eau

Le manque d'eau en été est devenu crucial. Depuis la sécheresse de 2022, peu de progrès ont été réalisés. Un dossier de maturation est à l'étude à la Draaf, mais « il ne s'est pas passé grand-chose », regrette Philippe Boisson. L'oignon doux des Cévennes représente 40 hectares et 2 500 parcelles, une surface dérisoire à l'échelle d'une filière. Les besoins en irrigation ont augmenté : auparavant, il fallait 3 000 à 4 000 m³ par hectare, désormais, on atteint plutôt 6 000 m³/ha.

Les producteurs demandent des micro-bassines de 3 000 m³, et non des méga-bassines comme à Sainte-Soline (600 000 m³). Le coût estimé est passé de 25 €/m³ il y a deux ans à 40 €/m³ aujourd'hui, en raison de la hausse des hydrocarbures. Les blocages sont d'ordre administratif : « Il faut monter des dossiers hyper complexes, faire des études d'impact, géologiques… Le temps administratif n'est pas le nôtre », explique le président. Il précise : « On ne veut pas s'accaparer l'eau, on a juste besoin d'eau pour cultiver. »

Diversification et avenir de la filière

La diversification est envisagée comme une piste, mais elle se heurte aux aléas climatiques. Planter plus tôt nécessite de préparer les sols plus tôt, or l'hiver dernier, il a plu constamment, et le 15 mai, on est passé directement de l'hiver à l'été. Philippe Boisson, qui cultive 2,5 ha d'oignons, 3 ha de pommes et élève des ovins, constate : « Sans eau il n'y a pas de vie, pas d'agriculture. » La récolte de pommes a également chuté de 30 %.

La 32e foire de la pomme et de l'oignon doux se tiendra dimanche 18 octobre de 9 h 30 à 18 h au Vigan. 120 producteurs de pommes et d'oignons, des éleveurs et des artisans y installeront leurs stands. Plusieurs tonnes de Reinettes du Vigan et d'oignons doux AOP seront proposées, et plus de 12 000 visiteurs sont attendus. Philippe Boisson promet : « L'oignon doux est plus rare cette année mais on ne le vendra pas cher. Il y aura des oignons abordables pour tous à la foire. »

Des producteurs fatigués mais déterminés

La coopérative Origine Cévennes compte 60 agriculteurs, et la moyenne d'âge de son conseil d'administration est de 35 ans. Les jeunes sont prêts à reprendre le flambeau, mais « on ne devient pas agriculteur que par passion du métier, il faut pouvoir en vivre », insiste Philippe Boisson. Le problème est la rémunération, qui dépend de récoltes normales. « Tous les jours, on reçoit des appels de gens qui nous disent qu'ils ne savent pas comment ils vont passer l'année et s'ils veulent même continuer le métier. Il n'y a pas de révolte, on sent de la fatigue et de l'abattement », confie-t-il.

Quant à l'avenir de l'oignon doux, Philippe Boisson reste mesuré : « Cet été exceptionnel nous a acculés. Il y aura toujours un peu d'eau et des agriculteurs qui continueront ce produit emblématique, amené en Cévennes par les moines en 1400. Sans eau, on ne produira plus jamais 2 000 tonnes par an. Mais nous sommes des Cévenols qui nous accrochons à notre montagne ! »