Il fut une époque lointaine où l’industrie lainière française était florissante. Depuis le milieu du XXe siècle, ce n’est plus le cas. La laine paysanne est peu valorisée. Les agriculteurs s’en débarrassent en l’expédiant en Chine contre une poignée d’euros ou en la mélangeant au fumier dispersé dans les sols, quand elle n’est pas stockée des années dans un hangar. Un véritable gâchis et une perte sèche de revenus pour les éleveurs ovins qui ont décidé de s’attaquer au problème dans les monts du Lyonnais.
Une association pour relancer la filière
Depuis 2024, douze exploitations du Rhône et de la Loire sont réunies au sein de l’association Bêle (Boucle en Laine) animées par la même volonté de relancer la filière. Le collectif fédère des éleveurs mais aussi des artisans et entreprises, dont l’une des dernières laveries de laine « à façon » de France. « L’idée de départ, c’était de vendre la laine à un prix qui permette de rembourser au moins la tonte », raconte Murielle Romera, agricultrice et feutrière à Saint-Clément-les-Places. Ancienne salariée de l’industrie textile, elle s’est formée aux techniques de la laine et fabrique des luminaires.
Mais son stock de laine est beaucoup trop important pour sa petite production. Alors, elle a choisi de rejoindre le collectif Bêle. « Aujourd’hui, il n’y a plus qu’un seul laveur en France. Il est à Saugues en Haute-Loire. En regroupant notre laine, on limite le coût de transport et on réalise de grosses économies. »
Des débouchés concrets pour la laine
Dans les fermes des monts du Lyonnais, Bêle collecte environ deux tonnes de laine par an. Une fois triée et lavée, la matière première est utilisée pour la confection de mobiliers (tapis, luminaires, etc.). Elle sert aussi au rembourrage de cocottes norvégiennes produites à Lyon et depuis peu, fait le bonheur de Moumoute, une start-up créée par trois étudiants de l’Insa (une école d’ingénieurs) qui conçoit des panneaux acoustiques design biosourcés. Les débuts sont encourageants. Laurence Paccard, éleveuse à Chambost-Longessaigne, est convaincue que la filière a de beaux jours devant elle. Elle est à la tête d’un troupeau d’environ 80 brebis. « La laine c’est un super produit. Elle isole du chaud, du froid, elle amortit le son. On peut faire beaucoup de choses avec. Notre but c’est de lui trouver des débouchés. »
Pour chaque kilo de laine brute collectée, l’association Bêle verse 2 euros aux éleveurs et éleveuses. Philippe Mayol, directeur général de la Fondation Terre Solidaire dont la mission est d’accélérer la transition écologique, n’y voit que du positif : « Bêle transforme efficacement une filière agricole délaissée, innove sur son territoire et propose un modèle reproductible. »
Une reconnaissance nationale
En avril 2026, sa fondation a attribué le premier prix du concours « Ils changent le monde » au collectif d’éleveurs. L’association s’est aussi vue remettre un chèque de 20 000 euros et proposer un accompagnement d’un an. Les votants ont eu un véritable coup de cœur pour ce projet utile. « En France, 10 000 tonnes de laine sont chaque année abandonnées ou bradées. Seulement 4 % sont valorisées localement. Une ressource naturelle, renouvelable… traitée comme un déchet », déplore la Fondation Terre Solidaire. Pour l’association Bêle, l’argent perçu est un bel encouragement. Il va lui permettre de former les éleveurs à la valorisation de leur laine et réaliser des prototypes de produits nouveaux. Une cagnotte en ligne a également été ouverte.



