Loi d'urgence agricole : un texte d'accaparement qui ne prépare pas l'avenir
Loi d'urgence agricole : un texte d'accaparement

La loi d'urgence agricole, adoptée par le Parlement en juillet 2024, suscite une vive controverse parmi les chercheurs et les acteurs du monde agricole. Dans une tribune publiée par Libération, plusieurs universitaires et experts dénoncent un texte qui, selon eux, favorise l'accaparement des terres par les plus grands exploitants au détriment des petits agriculteurs et de la transition écologique.

Un texte au service des grands propriétaires

Les signataires de la tribune, parmi lesquels figurent des géographes, des économistes et des sociologues, estiment que la loi d'urgence agricole répond avant tout aux intérêts des grandes exploitations et des groupes agro-industriels. Ils pointent du doigt les mesures qui assouplissent les règles de contrôle des structures agricoles, permettant ainsi une concentration accrue des terres. « Ce texte ouvre la voie à une accélération de la concentration foncière, déjà à l'œuvre depuis plusieurs décennies », affirment-ils.

Selon les données du ministère de l'Agriculture, la France a perdu 20 % de ses exploitations agricoles entre 2010 et 2020, tandis que la surface moyenne des exploitations a augmenté de 30 %. La loi d'urgence agricole, en assouplissant les seuils de contrôle, pourrait accélérer cette tendance. Les chercheurs estiment que cela menace la diversité des modèles agricoles et l'installation de jeunes agriculteurs.

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Une absence de vision pour l'avenir

Les critiques portent également sur l'absence de mesures structurantes pour préparer l'agriculture française aux défis du changement climatique et de la souveraineté alimentaire. « La loi se contente de mesures conjoncturelles et de déréglementation, sans aucune ambition pour une transition agroécologique », déplorent les signataires. Ils rappellent que l'agriculture est responsable de 19 % des émissions de gaz à effet de serre en France et qu'elle doit évoluer vers des pratiques plus durables.

Le texte prévoit notamment des aides d'urgence pour les filières en difficulté, comme l'élevage et la viticulture, mais sans conditionner ces soutiens à des engagements environnementaux. « On distribue des chèques sans exiger de contreparties écologiques, c'est une occasion manquée », souligne un économiste agricole interrogé par Libération.

Des mesures contestées par les organisations paysannes

Plusieurs syndicats agricoles, dont la Confédération paysanne, ont également exprimé leur opposition à la loi. Ils dénoncent un texte qui « sacrifie l'avenir de l'agriculture paysanne sur l'autel de la productivité ». Selon eux, les mesures d'urgence ne résoudront pas les problèmes structurels du secteur, comme le revenu des agriculteurs, l'accès au foncier ou la transition écologique.

La Confédération paysanne estime que 40 % des agriculteurs français vivent sous le seuil de pauvreté, un chiffre qui illustre l'urgence de réformes profondes. « Cette loi ne fait que repousser les problèmes à plus tard, sans s'attaquer aux causes », déclare un porte-parole du syndicat.

Un débat parlementaire expéditif

La loi a été adoptée en procédure accélérée, avec un débat parlementaire réduit. Les chercheurs dénoncent un manque de concertation avec les acteurs du monde agricole et la société civile. « Le texte a été voté dans l'urgence, sans véritable discussion sur ses conséquences à long terme », regrettent-ils.

Ils appellent à un moratoire sur l'application de la loi et à l'ouverture d'un véritable débat sur l'avenir de l'agriculture en France. « Il est encore temps de changer de cap et de construire une politique agricole qui réponde aux enjeux écologiques, sociaux et économiques de notre époque », concluent-ils.

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