Deux Franco-brésiliennes de 21 ans, Clarisse et Isadora, ont importé l'altinha, un sport coopératif typique des plages de Rio, en plein cœur de Paris, sur les pelouses des Tuileries. Le week-end, des cercles de sportifs se forment, où le ballon ne doit jamais toucher le sol, et où toutes les parties du corps sont autorisées pour les passes : pieds, cuisses, tête, épaules.
Un sport venu des plages cariocas
Traditionnellement, l'altinha se pratique sur les plages brésiliennes, où des cercles de quatre personnes se font des passes avec tout le corps. Contrairement au football, il n'y a ni but, ni points, ni vainqueur, ni adversaire. C'est un sport coopératif où la réussite dépend autant de celui qui reçoit le ballon que de celui qui l'envoie. Cette pratique peut évoquer « la Brésilienne », bien connue dans les cours de récréation françaises, mais pour Clarisse et Isadora, la comparaison s'arrête là : dans l'altinha, les échanges suivent une véritable logique de placement, de déplacements et de préparation du ballon pour le partenaire, donnant parfois l'impression d'une chorégraphie improvisée.
Un projet né de la nostalgie
« On a eu trop la saudade de l'altinha », raconte Isadora. La saudade, ce mot portugais sans équivalent direct en français, est une nostalgie douce-amère : « C'est la nostalgie, mais ce n'est pas nécessairement triste. Tu es content d'avoir vécu ce que tu as vécu, du coup tu as la saudade. Nous, on a la saudade du pays », complète Clarisse. À 18 ans, elles ont quitté les plages de Rio et ont décidé de rapporter un peu du Brésil avec elles en continuant à jouer. Le lancement de leur compte Instagram ne visait pas à créer une grande communauté parisienne : « Ça s'est fait de façon très organique. Les gens disaient : "Ah, il faut que tu viennes" et ramenaient des potes », expliquent-elles. Il y a deux mois, leur compte comptait environ 200 abonnés, mais depuis, les rassemblements se multiplient, attirant toujours plus de participants.
Un engouement favorisé par le contexte
Selon elles, le calendrier a joué en leur faveur : un été ensoleillé, la Coupe du Monde de football et un intérêt croissant des Français pour le Brésil. Environ la moitié de leurs participants sont Brésiliens, l'autre moitié ayant déjà un lien avec le pays. « Pratiquement tous nos élèves qui ne sont pas brésiliens viennent et disent : "Ah mais j'étais au Brésil l'année dernière" », s'amuse Clarisse.
Un cercle ouvert à tous, avec une ambition féministe
Aux Tuileries, tous les niveaux se mélangent et les groupes se font et se défont. « Il n'y a pas de hiérarchie », insiste Isadora, « Enfants, adolescents, adultes, débutants ou confirmés : chacun peut entrer dans le cercle. » L'objectif des créatrices est aussi de promouvoir la mixité : « On veut qu'il y ait de plus en plus de filles qui jouent au ballon. Et normaliser ça parce que c'est normal en fait », déclare Clarisse. Certaines participantes leur ont confié qu'elles n'auraient pas osé débuter face à deux hommes, mais en voyant Clarisse et Isadora, elles se disent : « Ah bah, c'est possible aussi ! » À Rio, cette mixité est déjà intégrée à l'altinha, une différence qu'elles expliquent par la nature du jeu : « La précision compte beaucoup plus que la force. »



