Incendie dévastateur dans une ferme : 17 veaux périssent, l'éleveur témoigne
Incendie en ferme : 17 veaux morts, l'éleveur raconte

De la laiterie, il ne subsiste qu'un bâtiment calciné, un réservoir et des poutres noircies. Juste à côté, le toit de la nurserie des veaux est également parti en fumée, laissant apparaître une structure métallique tordue par des flammes de sept mètres de haut. Six mois après, les stigmates du violent incendie qui a ravagé la ferme de Nicolas Hautot à l'Angerville-l'Orcher, en Seine-Maritime, restent bien visibles.

Un lourd bilan humain et animal

Ce 4 novembre 2025, sur les quelque 200 bêtes que compte son cheptel, dix-sept veaux ont péri. Seuls quatre ont réchappé des flammes. Deux d'entre eux ont perdu une partie de leur oreille, mais leurs poils ont depuis repoussé et ils se portent bien. Pour cet éleveur de 38 ans, l'incendie a eu de lourdes conséquences, à la fois économiques et psychologiques. « On passe quand même beaucoup de temps à les nourrir, à les élever. Ce sont des heures de travail et ce n'est pour que ça finisse comme ça, cramé », confie-t-il.

La souffrance animale, un sujet sensible

En 2025, 458 incendies agricoles ont été recensés par Emeline, qui gère le site Espèce sans issue. Selon cette lanceuse d'alerte, qui a compilé des données d'articles de presse, de services de pompiers ou de mairies, au moins 176.679 animaux en sont morts. Elle dénonce les insuffisances en matière de sécurité et veut lutter contre la souffrance animale, un sujet très sensible tant pour les défenseurs de la cause animale que pour les agriculteurs, qui se sentent mis en cause.

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Après l'incendie, Nicolas Hautot a vu des commentaires sur les réseaux sociaux affirmant que, pour les agriculteurs, ces morts n'étaient pas graves puisqu'ils élevaient leurs animaux pour les tuer. Ce n'est pas son vécu. Ce soir-là, vers 21 heures, il entend d'abord l'alarme de ses robots de traite. Cela arrive parfois, il ne s'en inquiète pas. Jusqu'à ce qu'un voisin frappe à la fenêtre. Il aperçoit alors sa ferme en flammes. « C'est comme dans un film, on se dit que ce n'est pas possible. Je suis parti en urgence voir mes animaux, ma priorité, c'était de sauver mes petits veaux », raconte-t-il.

Un sauvetage héroïque

Dans la nurserie, un bâtiment rénové deux ans auparavant, se trouvent 21 veaux. Il parvient à en sortir quatre, brûlés au troisième degré. « Les flammes cherchaient les veaux, décrit-il. Ils étaient un peu asphyxiés déjà et ne voulaient pas sortir de la petite barrière. » Nicolas n'a pas pu les porter, car à 2 ou 3 mois, ils pèsent plus de 100 kg. « Mes tout petits veaux qui n'avaient qu'un jour étaient au fond, les flammes étaient au-dessus, c'était dangereux. Les pompiers sont arrivés sur le site et m'ont dit : "Sortez de là, vous allez y rester". »

Il court alors vers l'autre partie du bâtiment où se trouvent un peu plus de 80 vaches et ouvre les barrières pour qu'elles rejoignent le champ de pâturage. Avec sa femme et un voisin, ils les guident pour qu'elles sortent. Effrayées, elles allaient dans la mauvaise direction. Une centaine d'autres se trouvaient déjà dans les champs.

Redémarrer l'activité dans l'urgence

Parmi les principales causes des incendies dans les fermes, Emeline a relevé les arcs électriques produits par des engins agricoles, des panneaux photovoltaïques ou des défaillances électriques. Chez Nicolas Hautot, l'enquête menée par son assurance privilégie la piste d'un court-circuit d'un boîtier électrique dans la laiterie.

Dans les jours suivants l'incendie, la solidarité s'organise. Sa famille et des voisins se mobilisent. Se définissant comme très indépendant, « pas le genre à demander de l'aide », l'agriculteur accepte ces renforts. « On dit oui à tout le monde. On ne peut que les remercier. » Certains viennent avec des tracteurs et des groupes électrogènes pour faire fonctionner de petites machines à traire. Un réservoir pour récupérer le lait a été prêté.

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« On a tout fait pour redémarrer, souligne Nicolas Hautot. Parce que moi, si je n'ai pas de lait, je ne peux plus rembourser mes emprunts, c'est la fin. » Une cagnotte a aussi été lancée par une proche, récoltant 11.000 euros. Cela lui a permis de « respirer » et de fournir une avance de trésorerie pour racheter des veaux, en attendant les versements de l'assurance. Mais l'incendie reste un traumatisme pour sa famille, à commencer par sa fille de 6 ans qui a confié à sa maîtresse craindre que son école brûle à son tour.

Une longue attente pour la reconstruction

Cet hiver, voyant ses veaux et vaches sous la neige et le vent, sans abri clos, l'agriculteur a broyé du noir. « Ça casse un peu le moral mais je fais tout pour que ça se passe bien. On peut voir qu'un animal est en bonne santé s'il produit du lait, et c'est le cas. » Les veaux rescapés ont reçu des soins pour soulager les douleurs. D'après une enquête menée en ligne par plusieurs chambres d'agriculture en 2022, 69 % des éleveurs se disent attentifs à la santé, le calme, l'absence de stress et la productivité pour le bien-être de leurs animaux.

Depuis l'incendie, l'agriculteur est entré dans la phase de gestion administrative en lien avec les experts de l'assurance et réalise les devis en prévision de la reconstruction des bâtiments. « Maintenant, je suis dans l'engrenage du système. Je sais qu'il ne faut pas s'énerver, il faut rester calme. » Tant que l'enquête est en cours, la nurserie et la laiterie restent en l'état, leur reconstruction étant estimée à 600.000 euros.

Des mesures de sécurité renforcées

« Financièrement, je n'ai pas les moyens de payer ça. Il faut que ça soit l'assurance. » À l'avenir, Nicolas Hautot prévoit d'installer des balles extinctrices, qui se déclenchent automatiquement en présence d'une flamme. Une préconisation du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) du Doubs. L'éleveur espère que pour l'hiver prochain, ses bêtes pourront être à l'abri.