La France, traditionnellement importatrice de houblon, voit sa production nationale bondir. Selon le Comité français du houblon, la surface cultivée est passée de 500 hectares en 2010 à plus de 600 hectares en 2020, soit une augmentation de 20 % en dix ans. Cette dynamique est portée par l'essor des brasseries artisanales, qui privilégient des houblons locaux et de qualité.
Un terroir propice à la culture du houblon
Les régions historiques comme l'Alsace restent le cœur de la production, mais de nouvelles zones émergent, notamment en Bretagne, en Normandie et dans le Nord. « Le houblon français bénéficie d'un terroir exceptionnel, avec des sols et des climats variés qui permettent d'obtenir des arômes uniques », explique Jean-Pierre Morel, président du Comité français du houblon.
La filière mise sur des variétés locales, comme le Strisselspalt alsacien, réputé pour ses notes florales et épicées. Les brasseurs artisanaux, en quête de différenciation, se tournent vers ces houblons identitaires.
Une demande en forte croissance
Le nombre de brasseries artisanales a explosé en France, passant de 300 en 2010 à plus de 2 000 en 2020, selon Brasseurs de France. Chacune cherche à se démarquer par des bières originales, ce qui stimule la demande de houblon de spécialité. « Les brasseurs veulent des houblons français pour raconter une histoire, celle de leur terroir », souligne un brasseur du Jura.
Cette tendance profite aux producteurs, qui voient leurs prix augmenter. Le houblon français se vend en moyenne 15 à 20 % plus cher que le houblon importé, selon les données de FranceAgriMer.
Des défis à relever
Malgré cette croissance, la filière doit faire face à des défis. La culture du houblon est exigeante en main-d'œuvre et en investissements. Les plants mettent trois ans avant d'atteindre leur plein rendement, et la mécanisation est limitée. Par ailleurs, le réchauffement climatique menace les récoltes : les épisodes de sécheresse et les maladies fongiques se multiplient.
Pour y remédier, des recherches sont menées sur des variétés plus résistantes et des techniques d'irrigation innovantes. « Nous travaillons avec l'INRAE pour sélectionner des houblons adaptés aux nouvelles conditions climatiques », indique un agronome.
Une filière en voie de structuration
Des coopératives se créent pour mutualiser les moyens de production et de transformation. La Fédération nationale des producteurs de houblon, créée en 2018, regroupe déjà une centaine d'adhérents. Elle vise à promouvoir la filière et à défendre les intérêts des producteurs.
L'exportation est également un levier de croissance. Les houblons français commencent à séduire les brasseurs étrangers, notamment en Belgique et aux États-Unis. En 2019, les exportations ont progressé de 10 % par rapport à l'année précédente.
Le renouveau du houblon français illustre la capacité de l'agriculture hexagonale à s'adapter aux nouvelles tendances de consommation, tout en valorisant son patrimoine.



