Fraudes au miel : l'ADN, nouvel outil pour protéger apiculteurs et consommateurs
Fraudes au miel : l'ADN protège apiculteurs et consommateurs

L'association d'apiculture du Saint-Affricain a organisé le 13 juin une conférence sur les fraudes au miel, animée par Thibault Leroy, chercheur de l'équipe BeeGEES de l'URM GenPhy SE INRAE-Université de Toulouse. « La problématique des fraudes sur les miels est mondiale », a-t-il annoncé en préambule, précisant que le marché du miel est fortement concurrentiel. En 2024, 73 % du miel consommé en France est importé, principalement de Chine, d'Ukraine, d'Argentine et d'Éthiopie. « Si on regarde les étiquettes des miels vendus en supermarché, on se rend compte que ce commerce est planétaire », a-t-il ajouté.

Trois types de fraude

Devant une trentaine de participants, Thibault Leroy a dressé le portrait de l'apiculture française : 70 000 apiculteurs, dont 66 000 de loisirs, pour une production de 8 000 tonnes. Il a ensuite détaillé les trois grands types de fraude. Le premier concerne les origines déclarées, avec le mélange de plusieurs miels. « Le second, la fraude aux origines botaniques, fait passer un miel de fleurs de Méditerranée pour un miel de lavande par exemple », a-t-il expliqué. « Le troisième, selon la réglementation, rien ne doit être ajouté au miel. Or nous constatons des ajouts de sirop de betterave, maïs ou riz pour réduire le coût. » La question centrale est donc de savoir comment vérifier l'authenticité d'un miel.

Le miel contient l'ADN des abeilles

C'est là que les tests ADN entrent en jeu. « L'ADN est partout dans le vivant et le miel contient l'ADN des abeilles. L'idée est de l'extraire, de réussir à diluer les sucres et de les séquencer. Puis nous fragmentons les molécules et les lisons », a détaillé le chercheur. On y trouve également des traces du varroa, des microbiotes associés aux abeilles, et l'ADN des plantes, notamment leur nectar. « Si vous trouvez de l'ADN de betterave, vous découvrez un apport en sirop de cette plante. L'ajout d'autres sucres change les micro-organismes qui vivent dans le miel », a-t-il ajouté. Cette fraude d'adultération volontaire est détectable. En France, le nourrissement des abeilles par sirop est autorisé, contrairement aux pays scandinaves où il est interdit. Le vice-président Michel Vergely a précisé : « Certains apiculteurs utilisent du miel de colza comme nourrissement pour éviter d'acheter du sirop. » Ainsi, leur miel reste pur.

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Deux méthodes d'extraction de l'ADN

Marjorie Massabiau, nouvelle présidente de l'association élue en mars, a demandé : « Existe-t-il un label pour différencier le miel à 100 % de celui avec du sirop ? » Pour Thibault Leroy, la question est internationale. Il a constaté que la pratique du sirop en nourrissement est majoritaire. Il a présenté deux méthodes d'extraction de l'ADN : la première, ciblée, analyse un gène lié à une région (par exemple, les insectes) et détecte rapidement la présence de coléoptères ou de frelons ; la seconde, plus globale, offre des analyses complexes et des résultats quantitatifs. Les deux dépendent de bases de données. Concrètement, les apiculteurs peuvent faire réaliser des analyses pour connaître la composition de leurs miels, comme l'a déjà fait Marjorie Massabiau : « J'ai déjà fait effectuer des analyses pour définir nos miels et la proportion de pollen. »

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