La récolte de la figue de Solliès a commencé le 5 août 2026, soit dix jours avant la date habituelle du 15 août, un record de précocité attribué au changement climatique par les producteurs. Béatrice Lambert, arboricultrice à La Farlède et vice-présidente du Syndicat de défense de la figue de Solliès, témoigne : « Aujourd'hui, on va récolter 150 kilos. C'est énorme pour un début de saison. On a jamais vu ça. »
Une récolte de plus en plus précoce
Sur son exploitation familiale, Béatrice Lambert et son mari Laurent, assistés d'Hervé, ouvrier agricole, ramassent à la main les fruits mûrs des 250 arbres du verger. La journée commence dès sept heures du matin, et ils ont jusqu'à midi pour terminer. Cette précocité s'explique par des conditions météorologiques extrêmes : « Il n'y a pas eu de pluies suffisantes depuis trois, quatre mois. Il fait très chaud même la nuit. Je ne vois pas comment l'expliquer autrement », affirme l'arboricultrice.
Selon Cyril Kointz, responsable technique et projet du Syndicat de défense de la figue de Solliès, cette précocité n'affecte pas la qualité du fruit. Cependant, Béatrice Lambert alerte : « Les répercussions du changement climatique, c'est pour nous. »
Des conditions de travail extrêmes
Avec la chaleur, les horaires de récolte se sont décalés : « Avant, on commençait vers 8 heures. Maintenant, on est obligés de commencer dès le lever du soleil. J'ai peur qu'on doive un jour travailler de nuit avec la frontale. Car on ne peut plus travailler l'après-midi. Ramasser sous 33 degrés, ça va, mais quand ça grimpe jusqu'à 40, c'est de la folie », s'inquiète Béatrice Lambert.
La récolte se fait couverte de la tête aux pieds, car le latex de la figue est urticant. « Il faut le pantalon, la chemise, les gants et la casquette car le lait de figue est un latex très urticant qui coule à la cueillette. Ça brûle, ça démange, ça fait des cloques, on est même obligés de prendre de l'antihistaminique », explique-t-elle. Cette précocité bouleverse aussi la distribution : « Est-ce que les gens ont envie de manger de la figue en août ? J'espère. En août, on pense aux abricots, aux pêches… La figue est un fruit d'automne. On va devoir trouver de nouveaux marchés, mais je fais confiance à la coopérative », ajoute l'agricultrice.
La cochenille, un ravageur inquiétant
Outre la canicule, les producteurs font face à la cochenille, un insecte invasif qui peut rendre les fruits impropres à la consommation et asphyxier les arbres. Béatrice Lambert traque ce ravageur de manière « obsessionnelle » depuis trois ans. « Le ravageur le plus inquiétant aujourd'hui. L'année dernière, il a causé 15 % de perte. C'est usant. On se dit qu'on fait bien son travail et elle revient », confie-t-elle.
La récolte devrait s'étendre jusqu'à début octobre. Le couple, qui possède également des vignes, devra enchaîner vendanges à minuit et cueillette à l'aube.
La figue de Solliès, un produit phare
La coopérative COPSOLFRUIT de Solliès-Pont reçoit, conditionne et achemine les récoltes des trois quarts des producteurs de l'AOP. Reconnue Appellation d'origine contrôlée en 2006 puis Appellation d'origine protégée en 2011, la figue de Solliès représente un peu plus de 50 % de la production nationale. Pour être labellisée, elle doit être de la variété Bourjassote noire, avoir un diamètre supérieur ou égal à 40 millimètres, et être cultivée dans l'une des 15 communes varoises reconnues par l'AOP, toutes situées à l'est de Toulon, notamment Belgentier, Hyères, Solliès-Pont et La Valette-du-Var.



