L'appel au désespoir des agriculteurs face à l'invasion des lapins de garenne dans l'Hérault
À l'est de Montpellier, dans la plaine de Mauguio, les lapins de garenne dévastent les cultures depuis plusieurs années, transformant une fiction pagnolesque en réalité cauchemardesque pour le monde agricole. Alors que le problème s'étend, un appel désespéré a été lancé pour obtenir le renfort de l'armée, face à une situation qualifiée d'hors de contrôle.
Une prolifération exponentielle et dévastatrice
Karine Salmeron-Lario, responsable administrative de la coopérative d'utilisation des matériels agricoles (Cuma) de Mauguio, décrit une escalade alarmante. "Cela a commencé par quelques foyers en 2018 et ça n'a cessé de monter. On avait 10 à 20% d'augmentation des dégâts chaque année, c'est passé à +40% en 2025", explique-t-elle. Les dégâts ne se limitent plus aux grandes cultures; désormais, les vignes et les arbres fruitiers sont également attaqués, avec des conséquences irréversibles pour certains producteurs.
Un arboriculteur doit arracher 1,5 hectare de pommiers plantés il y a trois ans, tandis qu'un viticulteur a perdu une vigne de chardonnay âgée de 11 ans. Les pertes financières sont colossales, estimées à 1,5 million d'euros pour la seule année 2025. "Ils nous anéantissent", résume Karine Salmeron-Lario, évoquant aussi un maraîcher ayant perdu 2 500 salades et un éleveur contraint de faire euthanasier un cheval après une chute dans un terrier.
Des mesures insuffisantes face à une invasion incontrôlable
Face à cette crise, les autorités ont mis en place un plan d'actions sur trois ans en 2024, couvrant 19 communes et incluant des captures et une extension de la période de chasse. Cependant, pour les agriculteurs, ces efforts sont qualifiés de "mesurettes". "On reconnaît les efforts mais ils sont vains, puisque depuis 2024, la situation s'est aggravée", insiste Karine Salmeron-Lario, qui estime désormais la population de lapins à plusieurs millions d'individus.
Le président de la chambre d'agriculture de l'Hérault, Jérôme Despey, a franchi un cap en réclamant l'intervention de l'armée. "La situation est devenue hors de contrôle. Nous avons besoin de toutes les forces disponibles", a-t-il déclaré lors d'une réunion préfectorale. Cette demande reflète l'urgence d'une action coordonnée, alors que de nouveaux foyers apparaissent, notamment dans le Biterrois et le Gard.
La recherche de solutions face à un fléau persistant
Les causes de cette prolifération sont multiples. Les lapins ont trouvé refuge dans les talus de la ligne SNCF Nîmes-Montpellier, gérée par OcVia, où ils bénéficient d'une protection et d'un accès facile aux cultures voisines. Gilles Rakoczy, directeur d'OcVia, reconnaît le problème et mène des actions comme le furetage, l'utilisation de répulsifs et l'installation de grillages. "On investit plusieurs dizaines de milliers d'euros chaque année", précise-t-il, mais il souligne aussi la nécessité d'une action coordonnée pour traiter les zones délaissées où les lapins prolifèrent à nouveau.
Inspirés par l'exemple de la Catalogne, où une approche coordonnée a fait ses preuves, les agriculteurs multiplient les initiatives, comme la page Facebook "Alerte prolifération lapin", pour sensibiliser le public et les autorités. "L'agriculture meurt déjà à petit feu. Alors si on doit crever, ce ne sera pas en silence", affirme Karine Salmeron-Lario, résumant le sentiment de désespoir qui anime le secteur.
Alors que le lapin de garenne est paradoxalement considéré comme une espèce en voie de disparition à l'échelle nationale, sa prolifération localisée dans l'Hérault pose un défi majeur pour l'agriculture, nécessitant des réponses urgentes et concertées pour éviter des pertes économiques et écologiques irréparables.



