Daniel Laurent, figure emblématique de la pêche dans le Gard, s'apprête à publier un nouvel ouvrage consacré aux 250 meilleurs spots de pêche des carnassiers en France. À bientôt 80 ans, cet Alésien a traversé toutes les évolutions de cette pratique, depuis une époque où la pêche était encore alimentaire et festive jusqu'à l'ère du black-bass et des réseaux sociaux.
Un parcours exceptionnel débuté par un record
Le déclic pour Daniel Laurent remonte au début des années 2000, lorsqu'il établit un record de France en capturant dans le Gard un silure de 2,26 mètres, estimé entre 80 et 90 kilos. Cette prise exceptionnelle attire l'attention de la presse spécialisée, et ce moniteur-guide de pêche diplômé est rapidement sollicité par plusieurs revues. Il devient ensuite, pendant douze ans, rédacteur en chef de magazines spécialisés, avant de se lancer dans l'écriture de livres. Sa collection "La Pêche facile" rencontre un large public, rendant les techniques accessibles au plus grand nombre.
Une pratique en constante évolution
Au fil des décennies, Daniel Laurent a observé la transformation de la pêche. "J'ai connu une époque où la pêche était encore alimentaire et festive", se souvient-il. Les concours attiraient des foules, et les pêcheurs traversaient les villages, canne sur l'épaule, avant de rejoindre les berges. Puis les techniques se sont affinées, avec la pêche au coup de compétition portée notamment par le Gardois Jean-Pierre Fougeat, champion du monde dans les années 70. Ensuite sont venus le phénomène de la carpe, puis celui des carnassiers.
Aujourd'hui, brochet, sandre, perche et surtout black-bass séduisent une nouvelle génération de pratiquants. Daniel Laurent explique cette évolution par la simplicité de cette pêche : "On prend une canne, quelques leurres et, en quelques minutes, on peut être au bord de l'eau." Une pratique plus mobile, qui s'accorde avec les rythmes de vie actuels et séduit aussi les vacanciers. Les fabricants ont accompagné cette évolution avec des équipements toujours plus performants, tandis que les réseaux sociaux ont largement contribué à populariser ces techniques.
L'expérience et l'observation, essentielles
Pour autant, la technologie ne fait pas tout. Sondeurs, GPS ou cartographie numérique facilitent la recherche des poissons, mais l'expérience demeure essentielle. "Il faut toujours savoir lire une rivière ou un plan d'eau. Le matériel ne remplace jamais l'observation", insiste Daniel Laurent.
Le Gard conserve, selon lui, des atouts rares. Peu de départements permettent de pêcher la truite dans les Cévennes au lever du jour avant de rejoindre les étangs ou la Méditerranée quelques heures plus tard. Parmi les secteurs les plus prisés des amateurs de carnassiers figurent notamment la retenue du Pont-de-Ners, réputée pour le black-bass et la perche, ou encore celle de la Rouvière, près de Quissac.
Les défis du changement climatique
L'auteur observe toutefois avec inquiétude les effets du changement climatique. Si la qualité des eaux s'est améliorée grâce aux progrès de l'assainissement, certaines espèces deviennent plus rares. Le blageon ou le barbeau méridional peinent à supporter le réchauffement des cours d'eau, tandis que d'autres poissons, mieux adaptés, gagnent du terrain.
Malgré ces mutations, Daniel Laurent reste convaincu que la pêche a encore de beaux jours devant elle. Les techniques évolueront, les matériels aussi. Mais, selon lui, l'essentiel restera inchangé : comprendre la nature, respecter le poisson et savourer ce moment suspendu où l'on tente, simplement, d'être plus malin que lui.



