Crise du vin : une réserve stratégique pour réguler la production de rosé de Provence
Crise du vin : réserve stratégique pour le rosé de Provence

L'interprofession des vins de Provence (CIVP) se dirige vers une mesure inédite pour faire face à la crise du rosé : la mise en place d'une réserve stratégique visant à retirer une partie de la production de la vente. Objectif : réguler l'offre et éviter une chute trop brutale des prix. « La plus grave erreur serait de ne rien faire. Si on ne fait rien, on va droit dans le mur », a déclaré Eric Pastorino, président du CIVP, lors de l'assemblée générale du 27 juin 2026.

Un excédent structurel qui pèse sur les prix

En 2025, 780 000 hectolitres de rosés AOP de Provence (côtes-de-Provence, coteaux-varois-en-Provence et coteaux-d'Aix-en-Provence) ont été récoltés, mais 80 000 hectolitres n'ont pas trouvé preneurs. Selon Brice Eymard, directeur du CIVP, « sur une année normale, le différentiel entre la récolte et la vente peut représenter 80 000 à 100 000 hectolitres, voire 150 000 pour une belle récolte. Ces stocks s'accumulent d'une année sur l'autre. On a trop de vins à vendre, donc les prix dévissent. On ne peut pas tenir économiquement avec 100 000 hectolitres de trop chaque année. Ce serait dévastateur. »

Une réserve pour 2026 : 700 000 hl maximum sur le marché

Si la mesure est validée le 3 juillet 2026, seuls 700 000 hectolitres seront mis en vente pour la récolte 2026. Les volumes excédentaires seront placés en réserve interprofessionnelle, inaccessible au marché. Chaque producteur se verra attribuer un volume commercialisable de référence, calculé selon une moyenne olympique (excluant la meilleure et la moins bonne récolte) sur les cinq dernières années. « Tout ce qui dépasse ce volume constitue la réserve, qui reste votre propriété, stockée chez vous, mais ne peut être ni vendue ni retirée », explique Brice Eymard.

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Des libérations possibles, collectives ou individuelles

La réserve peut être libérée collectivement, totalement ou partiellement, si le marché le demande. Des libérations individuelles sont aussi possibles sur justificatifs, en cas d'aléa climatique ou pour distillation ou déclassement. Si aucune libération n'a eu lieu au 31 décembre de l'année suivante, la réserve doit être déclassée ou distillée pour éviter l'accumulation de stocks.

Des voix opposées, mais une nécessité collective

Certains producteurs, notamment ceux en croissance, ont exprimé leur opposition. « Pour ceux qui sont sur une courbe ascendante, qui font de gros efforts et courent les salons, cette mesure stoppe une croissance incompréhensible », a déclaré un représentant de la cave coopérative de Lorgues. Eric Pastorino a répondu : « Une décision collective est par nature individuellement imparfaite, elle ne peut pas correspondre aux 700 structures productrices. Mais nous n'avons pas d'autre solution aujourd'hui. L'heure n'est pas aux stratégies individuelles. Nous avons construit ensemble la valeur des côtes-de-Provence, nous devons aujourd'hui la protéger ensemble. »

Un partage de la valeur en débat

Nathalie Roubaud, présidente de la fédération des vignerons indépendants Paca-Corse, a souligné : « Nous sommes encore et toujours les seuls, nous, les agriculteurs, à faire des efforts. » Des discussions sont en cours avec le négoce, la grande distribution et la restauration sur le partage de la valeur. Depuis 2019, les ventes de rosés côtes-de-Provence ont baissé de 6 %, accentuant la pression sur les prix.

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