Cacao ivoirien : le prix bord-champ chute de 60% face à la crise mondiale
Cacao ivoirien : chute de 60% du prix bord-champ

Une baisse historique pour le cacao ivoirien

« Notre message reste le même : il faut éviter de décourager la production cacaoyère », martelait récemment le ministre de l’agriculture ivoirien, Bruno Nabagné Koné. Interrogé en marge du Salon français de l’agriculture, le responsable du ministère le plus stratégique du pays connaissait déjà la situation délicate. Et effectivement, la filière nationale n’a pas échappé aux impitoyables fluctuations du marché mondial.

Le choc des prix

Le 5 mars dernier, le Conseil du Café-Cacao (CCC) a rendu public le nouveau prix bord-champ pour la campagne de récolte intermédiaire : 1 200 francs CFA le kilogramme (1,80€), soit une baisse de presque 60%. Quelques semaines avant l’élection présidentielle d’octobre 2025, le président Alassane Ouattara avait pourtant annoncé un prix record de 2 800 francs CFA (4,27€) pour la récolte principale. Ce montant avait alors ravi les quelque six millions de travailleurs qui font de la Côte d’Ivoire le premier producteur mondial de fèves.

Un cours mondial au plus bas

La douche est froide pour les cacaoculteurs ivoiriens. Mais ce prix cassé répond à un grave problème d’écoulement des stocks. De 2024 à 2025, le cours mondial du cacao avait franchi à plusieurs reprises la barre des 10 000 euros la tonne, une inflation spectaculaire due à de mauvaises récoltes. Sauf que les prix sont progressivement redescendus jusqu’à atteindre 2 600 euros la tonne début mars. Avec un prix bord-champ au plus haut, le cacao ivoirien est devenu trop cher pour les acheteurs.

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« Ce prix historique de 2 800 francs CFA aurait dû arriver plus tôt », analyse Bakary Traoré, spécialiste du cacao. En pratique, le pays éprouve des difficultés à écouler sa production depuis décembre 2025. Devant la grogne de la filière, le gouvernement et le CCC se sont engagés fin janvier à racheter le stock invendu de la récolte principale, mais les complaintes sur la lenteur du dispositif s’accumulent. Cette mesure d’urgence doit concerner au moins 100 000 tonnes, mais la part effectivement rachetée reste inconnue.

Le bras de fer des industriels

« Tant que votre prix restera haut, nous ne pourrons pas acheter votre cacao, voilà ce que nous ont dit les industriels », relate un interlocuteur proche de la filière. « Ils ont pour la plupart suspendu leurs achats, malgré leurs obligations contractuelles. » En Côte d’Ivoire, où le marché cacaoyer n’est pas libéralisé, 80% de la production est vendue de façon anticipée aux grands groupes mondiaux du chocolat. Or, devant un prix d’achat devenu déficitaire, « les industriels ont volontairement attendu, prétextant des problèmes de capacité de leurs stocks », confirme Bakary Traoré.

Pour ce dernier, « le CCC n’avait pas d’autre choix que de baisser le prix bord-champ ». Mais l’expert craint que l’ajustement ne soit pas suffisant, tant le cours mondial est redescendu. En outre, l’envolée des prix des deux dernières années a pu modifier la demande. « Avec la hausse historique, certains industriels avaient adapté leurs recettes en réduisant la quantité de cacao », note M. Traoré.

Des perspectives incertaines

Débutée avec vingt-cinq jours d’avance, la campagne de récolte intermédiaire doit s’achever au 31 août 2026. D’ici là, les contrats déjà conclus avec les géants du cacao devraient être honorés sur la base de 2 800 francs CFA. Le reste sera acheté à 1 200 francs CFA le kilogramme, promettent les autorités ivoiriennes. Pendant ce temps, des millions de citoyens redoutent l’effet de telles turbulences sur leur niveau de vie. Si les inquiétudes sont justifiées, « aucun cacaoculteur ne pouvait s’attendre à un maintien du prix bord-champ jusqu’ici en vigueur », soutient ce même interlocuteur de la filière.

Cette crise souligne la vulnérabilité de la filière cacaoyère face aux aléas du marché mondial, avec des répercussions directes sur l’économie ivoirienne et la vie des producteurs.

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