La municipalité dirigée par le Rassemblement national (RN) à Agde (Hérault) a retiré une affiche de prévention contre les nuisances sonores et olfactives, jugée discriminante. Le document, qui représentait une chicha et des enceintes, était accompagné du slogan : « Ta chicha et ta musique, on n'en veut pas. » Il avait été apposé dans les parties communes de plusieurs immeubles de la ville.
Une plainte pour provocation à la discrimination
L'affiche a été signalée par des habitants et des associations, qui y ont vu une stigmatisation des personnes d'origine maghrébine, la chicha étant souvent associée à cette culture. Une plainte a été déposée par la Ligue des droits de l'homme (LDH) et le collectif « Agde ville pour tous », pour « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence ».
Le parquet de Béziers a confirmé avoir reçu la plainte et a ouvert une enquête. Selon les plaignants, l'affiche visait explicitement une pratique culturelle, ce qui constitue une discrimination indirecte. « C'est un message clairement xénophobe, qui désigne une communauté comme source de nuisances », a déclaré Me Sarah Dahan, avocate de la LDH.
Le maire assume et évoque un « malentendu »
Le maire d'Agde, Sébastien Frey (RN), a réagi en affirmant que l'affiche avait pour but de lutter contre les nuisances sonores et les odeurs dans les immeubles, et non de viser une communauté. Il a toutefois ordonné son retrait, estimant qu'elle avait été « mal interprétée ». « Il n'y avait aucune intention discriminatoire, mais je comprends que cela a pu choquer. Nous allons remplacer cette affiche par un message plus neutre », a-t-il précisé.
Cette affaire intervient dans un contexte de tensions récurrentes à Agde, où la municipalité RN a déjà été critiquée pour ses politiques jugées stigmatisantes. En 2023, une autre affiche appelant à « respecter les valeurs de la République » avait également suscité des controverses.
Une enquête en cours
L'enquête devra déterminer si les éléments constitutifs de l'infraction sont réunis. La peine encourue pour provocation à la discrimination est de 45 000 euros d'amende et d'un an d'emprisonnement. Les associations espèrent que cette affaire fera jurisprudence pour lutter contre les discriminations dans l'espace public.
En attendant, la mairie a annoncé le lancement d'une campagne de sensibilisation « plus inclusive » sur les nuisances, en partenariat avec des associations locales. Une manière de tourner la page, même si l'opposition municipale dénonce un « geste cosmétique ».



