La Commission européenne a dévoilé, mercredi 20 octobre, une série de mesures visant à rendre l'élevage européen plus durable et moins dépendant des importations de soja. Parmi les propositions phares figure l'interdiction progressive des cages pour poules pondeuses, lapins et porcs d'ici 2027, ainsi qu'un objectif de réduction de la dépendance au soja importé de 30 % d'ici 2030.
Un plan pour l'autonomie protéique
Actuellement, l'Union européenne importe environ 70 % de ses besoins en soja, principalement pour l'alimentation animale, en provenance du Brésil, des États-Unis et de l'Argentine. Cette dépendance expose le continent à des fluctuations de prix et à des préoccupations environnementales liées à la déforestation. La Commission propose de développer les cultures de protéagineux en Europe, comme le pois, la féverole ou le lupin, afin de remplacer une partie du soja importé.
Selon le commissaire européen à l'Agriculture, Janusz Wojciechowski, « l'objectif est d'atteindre une autonomie protéique de 50 % d'ici 2030 ». Il a ajouté que « la production européenne de protéines végétales doit être soutenue par des incitations financières dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC) ».
Interdiction des cages : un calendrier serré
La proposition d'interdire les cages pour poules pondeuses, lapins et porcs d'ici 2027 fait suite à une initiative citoyenne européenne (ICE) « End the Cage Age » qui a recueilli 1,4 million de signatures. Actuellement, environ 50 % des poules pondeuses dans l'UE sont élevées en cages. La transition vers des systèmes sans cage devrait entraîner des coûts d'investissement estimés à 1,5 milliard d'euros pour les éleveurs, selon une étude de la Commission.
La Commission propose un délai de transition de six ans, avec des aides financières pour les éleveurs. Cependant, certains États membres, comme la Pologne et la Hongrie, ont exprimé des réserves, craignant une perte de compétitivité face aux importations de pays tiers aux normes moins strictes.
Impact sur les filières et le commerce
La réduction de la dépendance au soja pourrait affecter les relations commerciales avec les principaux fournisseurs, notamment le Brésil. La Commission entend promouvoir des accords commerciaux incluant des clauses de durabilité pour garantir que les importations de soja ne contribuent pas à la déforestation. Par ailleurs, la filière avicole européenne, qui représente environ 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel, devra s'adapter à des coûts de production plus élevés.
Les organisations de défense des animaux ont salué la proposition, tout en regrettant le délai de 2027. « C'est une victoire pour le bien-être animal, mais le calendrier pourrait être plus ambitieux », a déclaré Olga Kikou, directrice de Compassion in World Farming Europe. De leur côté, les syndicats agricoles, comme la Copa-Cogeca, ont appelé à un accompagnement financier suffisant pour éviter la disparition des petites exploitations.
Prochaines étapes
Les propositions de la Commission doivent maintenant être examinées par le Parlement européen et le Conseil des ministres de l'UE. Le processus législatif pourrait prendre plusieurs années, et des amendements sont attendus. La Commission prévoit également de lancer une consultation publique sur les détails de la mise en œuvre.
En parallèle, Bruxelles souhaite encourager la recherche sur les alternatives au soja, comme les insectes ou les algues, pour l'alimentation animale. Un budget de 100 millions d'euros est alloué à ces innovations dans le cadre du programme Horizon Europe.



