Marine Le Pen candidate malgré sa condamnation en appel
Condamnée en appel à 45 mois d'inéligibilité, dont 15 fermes, pour détournement de fonds publics européens, Marine Le Pen a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle mardi soir. La cheffe de file des députés Rassemblement national a également annoncé se pourvoir en cassation après cette condamnation.
Un revirement sur la probité des élus
Cette décision entre en dissonance avec les positions historiques de Marine Le Pen et du Front national, devenu Rassemblement national, sur la probité des élus et le casier judiciaire des candidats. En 2013, lors de l'affaire Cahuzac, la dirigeante frontiste se montrait extrêmement ferme. Elle déclarait le 5 avril 2013 sur Public Sénat/Radio Classique : « Les Français ne sont pas dupes, tout le monde est éclaboussé, mais parce qu'ils le méritent. […] Moi, ma veste est immaculée. […] Quand je réclame l'éthique et la morale, je me l'applique à moi-même. » Elle réclamait alors « l'inéligibilité à vie pour tous ceux qui ont été condamnés pour des faits commis grâce ou à l'occasion de leur mandat ».
Des positions fermes contre les détournements
Dès 2004, Marine Le Pen s'insurgeait contre les détournements de fonds publics. Lors d'un débat sur France 2 le 9 février 2004, elle interrogeait : « Tout le monde a piqué de l'argent dans la caisse sauf le Front national, et on trouve ça normal ? » Elle ajoutait : « Les Français en ont marre qu'il y ait des affaires, de voir des élus qui détournent de l'argent, c'est scandaleux. » Cette position s'inscrivait dans la ligne de Jean-Marie Le Pen, qui avait lancé en 1993 le mot d'ordre « Mains propres et tête haute ».
Appel à la démission d'une élue condamnée
En mai 2013, Marine Le Pen réagissait à la condamnation de Sylvie Andrieux pour détournement de fonds publics. Dans un communiqué, elle écrivait : « L'élue socialiste Sylvie Andrieux doit maintenant avoir la décence minimum de démissionner de son mandat de députée. » Elle estimait que « le procès Andrieux est le procès du clientélisme dans les subventions publiques, trop souvent utilisées pour acheter des voix plutôt que financer des projets utiles à la collectivité ».
Un assouplissement récent sur le casier judiciaire
En novembre 2024, en plein procès des assistants parlementaires du FN, Jordan Bardella, président du RN, affirmait sur BFM : « Ne pas avoir de condamnation à son casier judiciaire est pour moi une règle numéro un lorsqu'on souhaite être parlementaire de la République. » Deux jours plus tard, Marine Le Pen tempérait cette position sur RTL, restreignant l'exigence au bulletin numéro 3 du casier judiciaire, qui concerne les condamnations les plus graves. Elle déclarait : « Ne pas avoir d'inscription à son bulletin numéro 3 du casier judiciaire est une exigence qui existe au Rassemblement national depuis très longtemps, et qui sera valable pour tout le monde, quoi qu'il arrive évidemment. »
Une candidature contestée
La candidature de Marine Le Pen, malgré sa condamnation en appel, suscite des critiques. Ses adversaires politiques pointent du doigt ses contradictions avec ses anciennes déclarations. Marine Le Pen, de son côté, maintient sa candidature et se pourvoit en cassation, espérant une révision de sa peine.



