Vignoble de Bellet : vendanges précoces, la sécheresse menace la vigne
Bellet : vendanges précoces, la sécheresse menace

Les vendanges ont commencé vers le 13 août dans le vignoble de Bellet, qui surplombe Nice, soit une avance d'une semaine à dix jours par rapport à l'été 2025, déjà très précoce. Cette précocité est la conséquence directe d'une chaleur subie dès la fin avril et d'un manque d'eau persistant. Si la qualité des jus n'est pas altérée, la sécheresse menace la vie même des ceps, poussant les vignerons à demander des dérogations pour arroser.

Un début de vendanges historiquement précoce

Jean-Patrick Pacioselli, président du syndicat des vignerons de Bellet et propriétaire du domaine Saint-Jean avec son épouse Nathalie, dresse un constat sans appel : « J'ai démarré il y a 20 ans. À l'époque, on débutait les vendanges entre le 10 et le 15 septembre. À présent, on finit les vendanges quand on les commençait il y a 2 décennies ! » Le vignoble urbain niçois, qui compte 10 domaines allant d'un demi-hectare à 20 hectares, exploités par 9 propriétaires, subit une chaleur précoce. « En mai, on a eu des températures du mois d'août, ce qui a déclenché en avance le processus de la cueillette », explique-t-il.

Sur les coteaux Ouest niçois, la récolte bat son plein, orchestrée par une vingtaine de personnes par cycle. Les terrains escarpés et étagés imposent un travail entièrement manuel, les machines à vendanges étant proscrites. « Chez nous, c'est plutôt le matin, de 6h30 à 12h, lorsqu'il ne fait pas encore trop chaud », précise le vigneron. Les vendangeurs, armés de sécateurs, remontent seaux et caisses à pied.

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Sécheresse et dérogations pour irriguer

La chaleur n'est pas le seul facteur de ce chamboulement saisonnier. Le manque d'eau est tout aussi déterminant. « Depuis le mois d'avril et jusqu'aux 2 orages de ces derniers jours, on n'a pas eu de pluie », indique Jean-Patrick Pacioselli. Sur l'appellation d'origine protégée (AOP) de Bellet, l'irrigation est normalement interdite, mais des dérogations peuvent être accordées. « Compte tenu du manque d'eau et des températures extrêmes, les vignerons demandent des dérogations. C'est l'Institut national des appellations d'origine qui accorde les autorisations d'arroser », précise-t-il.

Deux méthodes d'arrosage sont possibles : un système d'irrigation au pied pour les jeunes vignes, autorisé lors de la plantation, ou un goutte-à-goutte déplacé chaque jour, ligne par ligne. « Nous, ici, on n'a pas arrosé, car certaines parcelles craignent moins que d'autres », confie le président du syndicat. Il souligne les difficultés à venir : « Quand on se retrouve dans des périodes de sécheresse intenses avec des restrictions d'utilisation de l'eau, l'adaptation est compliquée quant à sa mise en œuvre et à son coût. À terme, il faudra systématiquement arroser et il faudra voir comment gérer et payer cette ressource. Il y a une vraie réflexion à mener. »

Des vins à 12-14 degrés, une qualité préservée

La canicule n'augmente pas le degré d'alcool des vins. « Le cycle végétatif de la vigne est à peu près immuable », assure Jean-Patrick Pacioselli. La véraison, moment où le grain gonfle et prend sa couleur, démarre plus tôt, mais la récolte n'est pas impactée. « Globalement, on a des vins qui font entre 12 et 14 degrés. Ils ne seront pas plus alcoolisés. C'est à nous d'adapter les vendanges pour faire en sorte d'avoir des jus aux degrés souhaités », explique-t-il.

La qualité, elle, reste au rendez-vous. « Quand on parle de grande année, c'est quand il n'y a pas d'eau », affirme le vigneron. Mais il nuance : « S'il ne pleut pas, la vigne est stressée, elle souffre et finit par mourir. Si on l'arrose c'est pour éviter qu'elle ne périsse. » La production sera toutefois moindre. « Moins d'eau, c'est moins de jus et donc, moins de vin. Je pense qu'elle sera moindre que l'année dernière, qui était déjà une année faible, mais pas forcément moins bonne », précise-t-il. Les premiers jus récoltés, en blanc et rosé, sont « très qualitatifs », tandis que le cépage noir est plus tardif.

Les blancs et rosés de cette récolte seront sur le marché en mars 2027, tandis que les rouges, qui doivent passer une année en fût de chêne selon les exigences de l'appellation, seront commercialisés en mars 2028.

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