Léna Situations et la fin des vlogs d'août : la crise de l'influence
Léna Situations et la fin des vlogs d'août

La créatrice de contenu Léna Situations a annoncé que la dixième saison de ses vlogs d'août sera la dernière, avec une soirée à Bercy pour marquer le coup. Cette décision intervient dans un contexte de critiques croissantes sur son train de vie jugé trop éloigné de celui de son public.

Un décalage qui alimente les critiques

Début août, un internaute ironisait sur X : « 4 août 1789 : nuit de l'abolition des privilèges. 237 ans plus tard, Léna Situations privatise l'Aquaboulevard pour son vlog d'août ». Cette remarque faisait suite à une vidéo où l'influenceuse confiait, en larmes, ne pas « suffisamment profiter de la vie ». Le décalage entre ses déclarations et son quotidien doré a relancé les commentaires sur son train de vie.

Depuis ses débuts, la créatrice a enchaîné les événements prestigieux : Met Gala, podcast à succès, couverture de Forbes et tapis rouge à Cannes. Une trajectoire bien éloignée des vacances à Paris auxquelles une partie de son public pouvait s'identifier.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le défi de la proximité

Pour Anaïs Loubère, experte en stratégies numériques et fondatrice de Digital Pipelettes, la question de la proximité se pose différemment selon les créateurs. « Le côté premium, jet-set, rappelle la culture people et les premières stars issues de la téléréalité », observe-t-elle. Le public a longtemps adhéré à ces mises en scène de rêve, avant qu'une distance ne s'installe avec cette « communication hors sol ».

Stéphanie Laporte, consultante senior en marketing digital et influence, ajoute : « Au fur et à mesure, les gens qui ont fait ça sont devenus de plus en plus professionnels. Ils sont sursollicités, donc conscient de leur valeur. » Comprendre : un peu déconnectés ?

Un phénomène ancien

Andria Andriuzzi, maître de conférences en marketing à l'université Jean Monnet Saint-Etienne, rappelle que ce mouvement n'a rien d'inédit. Le sociologue Edgar Morin décrivait déjà dans les années 50, dans son essai Les Stars consacré au cinéma, les mêmes ressorts d'identification et de distance vis-à-vis des vedettes. « Les gros influenceurs vont continuer à inspirer les internautes, à condition de garder une familiarité par la régularité de leurs contenus », juge-t-il.

Ceux qui durent, selon Anaïs Loubère, jonglent entre deux registres : le lifestyle et le quotidien plus trivial. Elle cite l'ancienne candidate de « Koh-Lanta » Cindy Poumeyrol, qui alterne Dubaï et scènes familiales, comme Léna Situations elle-même. « On a cessé de s'identifier, mais on peut admirer et apprécier quand même », approuve Stéphanie Laporte. Elle cite l'exemple du streameur américain iShowSpeed, dont les excursions dans le monde sont sponsorisées par Expedia, mais « qui continue d'apparaître sympathique et sincère » malgré cela.

Construire d'autres formes de visibilité

Si Léna Situations privatise Aquaboulevard, sur YouTube, on la voit aussi faire de la rando ou jouer à pierre-feuille-ciseaux. Les commentaires sous ses vidéos restent, selon Anaïs Loubère, « ultra-positifs », à rebours de la tempête observée sur X. Son analyse : la youtubeuse avait quasiment arrêté YouTube pendant un an, laissant Instagram (plus tourné vers l'ambiance stars, mode et jet-set) occuper le terrain. « Plus le compte devient gros, plus on perd en proximité, plus on est exposé aux critiques », souligne Stéphanie Laporte.

La diversification vers l'entrepreneuriat participe de cette stratégie de longévité. « Les influenceurs ont conscience que la visibilité est éphémère, donc ils veulent construire quelque chose de plus durable », détaille Anaïs Loubère.

Une défiance relative

La défiance ne se traduit pas par un désamour massif : selon le baromètre 2026 de La Croix et de l'institut Verian, 42 % des Français utilisent les influenceurs pour s'informer, en hausse de 5 points en un an et de 10 points en deux ans. L'étude Reech 2025 nuance toutefois : seuls 41 % des sondés disent leur faire confiance.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Si l'amour pour les superstars de l'influence s'essouffle, qui viendra les remplacer ? « Petit à petit, les créateurs qui ont un gros lifestyle sans être à côté dans le divertissement, l'humour, l'art, ça va disparaître », prédit Anaïs Loubère. Elle pointe un autre facteur : la banalisation de l'image lissée grâce à l'IA rend, par contraste, le contenu amateur ou artistique plus désirable. Sans parler des très nombreux micro-influenceurs, avec des communautés réduites mais très engagées. Et si la prochaine Léna Situations, c'était vous ?