Moins d'un an après le mégafeu qui avait ravagé près de 17 000 hectares dans le massif des Corbières, l'Aude renaît de ses cendres. Les températures peuvent grimper, mais ni la nature ni les habitants n'ont dit leur dernier mot. À Jonquières, l'un des villages les plus touchés, les stigmates de l'incendie sont encore visibles, mais la végétation reprend peu à peu ses droits.
Un printemps porteur d'espoir
Après un hiver marqué par des pluies abondantes qui ont mis fin à quatre années de sécheresse, la nature offre un contraste saisissant : à côté des troncs calcinés, des champs de coquelicots et de jeunes pousses de chênes émergent. France Butler, habitante de Jonquières, confie : "Au début du printemps, voir ce gris m'a plongée dans une grande tristesse. Mais les fleurs et la verdure sont apparues, et l'espoir est revenu."
Sécurisation et replantation
Les actions concrètes s'accélèrent. Francis Morlon, vice-président du conseil départemental chargé de la transition écologique, explique : "Nous avons sécurisé les bords de sentiers, et l'ONF retire les bois morts. Si nécessaire, le département prendra le relais à l'automne." Parallèlement, la fédération de randonnée pédestre de l'Aude a rouvert le sentier Cathare entre Durban et Port-la-Nouvelle, et le balisage est en cours de restauration.
Adapter les plantations au changement climatique
La replantation est cruciale. Francis Morlon insiste : "Il faut se projeter sur vingt à trente ans. Avec le changement climatique, le risque d'incendie augmente. Nous devons adapter l'aménagement du territoire." Ainsi, le pin d'Alep, longtemps dominant, est remplacé par des espèces plus résistantes. La pépinière départementale expérimente le caroubier, le pistachier de l'Atlas, et des chênes de Californie et du Mexique.
Des vignerons innovants
À Ribaute, Laurent et Sylvie Bachevillier, dont le domaine Les Cascades a été détruit, replantent avec des cépages résistants : du souvignier gris, et bientôt de l'assyrtiko et de l'agiorgitiko de Grèce, ainsi que du verdejo et du morrastel d'Espagne. Ils adoptent également une hydrologie régénérative en creusant des fossés horizontaux pour favoriser l'infiltration de l'eau de pluie.
Alternatives à la viticulture
Face à la déprise agricole, des alternatives émergent. Karine Mirouze, du domaine Beauregard Mirouze, milite pour le pastoralisme comme rempart contre les incendies et complément à la viticulture. "L'élevage permet de maintenir les milieux ouverts par le feu et de diversifier l'activité agricole", souligne-t-elle.
L'espoir renaît dans les Corbières, mais le chemin est long. Les initiatives locales montrent une volonté de s'adapter aux défis climatiques et de préserver ce territoire.



