Le Théâtre national de Nice renonce à la lecture d'une pièce sur les attentats du 14 juillet
Le Théâtre national de Nice (TNN) a annoncé mercredi 19 juin qu'il renonçait à la lecture d'une pièce de théâtre consacrée aux attentats du 14 juillet 2016, après une demande formulée par des associations de victimes et de proches. La décision a été prise dans un souci d'apaisement et de respect de la douleur des familles, a indiqué la direction du théâtre dans un communiqué.
Une pièce jugée trop sensible
La pièce intitulée Nice, 14 juillet, écrite par l'auteur contemporain Samuel Gallet, devait être lue le 12 juillet prochain dans le cadre d'une programmation estivale. Le texte évoque les événements tragiques du 14 juillet 2016, lorsqu'un camion avait foncé sur la foule sur la promenade des Anglais, faisant 86 morts et des centaines de blessés.
Plusieurs associations de victimes, dont l'association Promenade des Anges, avaient écrit au TNN pour demander le retrait de cette lecture. Elles estimaient que le texte, bien que fictionnel, risquait de raviver des traumatismes et de heurter la sensibilité des rescapés et des familles endeuillées. Dans leur courrier, elles soulignaient que le deuil était toujours en cours et que le spectacle n'était pas approprié à quelques jours de la commémoration annuelle.
Une décision controversée
La décision du TNN a suscité des réactions contrastées. D'un côté, elle a été saluée par les associations de victimes, qui y voient une marque de respect et d'humanité. De l'autre, des voix se sont élevées pour dénoncer une atteinte à la liberté de création et d'expression. Le Syndicat national des auteurs et compositeurs (SNAC) a exprimé son inquiétude, rappelant que l'art a vocation à interroger et à représenter les événements historiques, même les plus douloureux.
Le metteur en scène et le dramaturge ont également fait part de leur déception. Dans un communiqué commun, ils ont déclaré comprendre la douleur des victimes mais regretté que le dialogue n'ait pas été privilégié. Selon eux, la pièce avait été écrite avec une grande sensibilité et dans un souci de mémoire.
Le théâtre justifie son choix
La direction du TNN a expliqué que la décision n'avait pas été facile à prendre. Dans un communiqué, elle écrit : « Nous avons entendu la détresse des victimes et de leurs proches. Leur souffrance est légitime et nous ne voulions pas ajouter de l'émoi à la peine. Notre mission est aussi de créer du lien social et de ne pas blesser. » Le théâtre a proposé de remplacer cette lecture par une autre œuvre, sans préciser laquelle.
Cette affaire relance le débat sur les limites de la liberté artistique face à la mémoire des victimes. Plusieurs intellectuels et artistes ont pris position, certains dénonçant une forme de censure, d'autres plaidant pour une plus grande attention aux contextes traumatiques. Le TNN a indiqué qu'il restait ouvert à une programmation future de la pièce, après un travail de médiation plus approfondi.
Un précédent à Nice
Ce n'est pas la première fois que la représentation des attentats de Nice suscite des controverses. En 2018, une exposition de photographies sur la promenade des Anglais avait été annulée après des protestations. Les autorités locales avaient alors évoqué la nécessité de laisser du temps au deuil.
Pour l'heure, la pièce Nice, 14 juillet ne sera pas jouée à Nice, mais pourrait être présentée dans d'autres villes, comme Paris ou Lyon, où des lectures sont déjà programmées. Le débat, lui, reste ouvert sur la place de l'art dans la mémoire des tragédies.



