Procès après «L’Ennemi du peuple» de Christiane Jatahy : coup de barre
Procès après «L’Ennemi du peuple» de Jatahy : coup de barre

Le spectacle «L’Ennemi du peuple» de la metteuse en scène brésilienne Christiane Jatahy, présenté en juillet 2023 au Festival d’Avignon, a donné lieu à un procès en diffamation. Deux spectateurs avaient assigné en justice la metteuse en scène et le Théâtre des Bouffes du Nord, coproducteur du spectacle, estimant que la pièce les stigmatisait en tant que «non-vaccinés» contre le Covid-19. Le tribunal judiciaire de Paris a rendu son verdict le 13 juillet 2024 : il a relaxé Christiane Jatahy et le théâtre, déboutant les plaignants.

Les faits à l’origine du procès

La pièce, adaptée de la pièce éponyme d’Henrik Ibsen, traite de la santé publique et de la manipulation de l’information. Dans la version de Jatahy, des spectateurs étaient invités à monter sur scène pour incarner des citoyens lors d’une réunion publique. Les deux plaignants, membres de l’association «Réinfocovid», avaient participé à cette scène. Ils estimaient que le dispositif scénique les présentait comme des «criminels» et des «irresponsables» pour leur opposition à la vaccination. Selon l’avocat des plaignants, Me François de la Morvonnais, «la pièce a créé une atmosphère de procès public où les non-vaccinés étaient jugés et condamnés».

La décision du tribunal

Le tribunal a estimé que les propos tenus dans le cadre de la fiction théâtrale ne pouvaient être considérés comme des diffamations personnelles. Le jugement souligne que «le spectacle s’inscrit dans une œuvre de fiction et ne vise pas nommément les plaignants». De plus, la liberté de création artistique a été invoquée comme un droit fondamental. Christiane Jatahy a déclaré après le verdict : «Je suis soulagée que la justice ait reconnu la dimension artistique et non diffamatoire de mon travail. Le théâtre est un espace de débat, pas un tribunal.»

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Réactions et implications

Cette affaire a suscité un vif débat sur les limites de la liberté d’expression dans l’art. Le Festival d’Avignon a salué la décision, réaffirmant son soutien à la création contemporaine. De son côté, l’association Réinfocovid a annoncé son intention de faire appel. Selon ses membres, «le théâtre ne doit pas être un instrument de discrimination». L’avocate de la metteuse en scène, Me Sarah Mauger-Poliak, a estimé que ce jugement «pose un précédent important pour la protection des œuvres artistiques face aux actions en justice abusives».

Chiffres et contexte

Le spectacle a été vu par plus de 3 000 spectateurs lors de ses représentations à Avignon et à Paris. Le procès a duré six mois, avec trois audiences publiques. Selon un sondage Ifop réalisé en 2023, 76% des Français estiment que la liberté d’expression doit primer dans le domaine artistique, même si certains sujets sont sensibles. Cette affaire intervient dans un contexte de multiplication des actions en justice contre des œuvres jugées polémiques, notamment sur les questions de santé publique.

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