L'œil persan n'est pas une métaphore. C'est le regard aiguisé d'un photographe qui, depuis des décennies, pose un regard unique sur l'Iran. Né à Téhéran en 1950, cet artiste a su capter les mutations de son pays, entre traditions ancestrales et modernité effrénée.
Un parcours atypique
Après des études de droit à l'université de Téhéran, il abandonne tout pour se consacrer à la photographie. Son premier appareil, un Nikon F, devient son passeport pour un monde où l'image est reine. Dans les années 1970, il parcourt l'Iran, des bazars de Téhéran aux villages reculés du Kurdistan, immortalisant des scènes de vie quotidienne avec une sensibilité rare.
La révolution islamique de 1979 marque un tournant. Alors que beaucoup fuient, lui reste. Il documente les changements politiques et sociaux, mais aussi les visages de ses compatriotes, leur résilience et leur humanité. Ses clichés en noir et blanc, souvent pris avec une lumière naturelle, révèlent des détails que l'œil nu ne voit pas.
Un style reconnaissable
Son style se caractérise par un jeu d'ombres et de lumières, des compositions géométriques et une profonde empathie pour ses sujets. Il refuse le misérabilisme et cherche la beauté dans l'ordinaire. Une femme voilée qui rit derrière une fenêtre, un enfant jouant dans une rue poussiéreuse, un vieil homme lisant le Coran sous une lampe : autant d'instants volés qui racontent l'Iran.
Exposé dans le monde entier, de Paris à New York, il reste discret. Pour lui, la photographie est un acte de foi, un témoignage pour les générations futures. "Je ne prends pas de photos, je les reçois", aime-t-il dire. Son œuvre, riche de plus de 50 000 négatifs, est une archive vivante de l'Iran contemporain.
Un engagement discret
En 2009, lors du mouvement vert, il photographie les manifestations avec prudence, conscient des risques. Ses images circulent sur les réseaux sociaux, devenant des symboles de la contestation. Aujourd'hui, il continue de travailler, malgré la censure et les restrictions. "La lumière ne peut être confisquée", confie-t-il.
Son dernier projet, "Téhéran, ville intérieure", explore les espaces privés de la capitale iranienne. Des salons bourgeois aux cuisines populaires, il montre une ville loin des clichés. Chaque image est une fenêtre ouverte sur l'intimité d'un peuple.
Ce portrait d'un photographe iranien est celui d'un homme libre, dont l'objectif est une arme de paix. Dans un monde saturé d'images, son regard persan nous rappelle que la photographie est avant tout une rencontre.



