Dans l'épisode #185 du podcast Le Goût de M du journal Le Monde, le photographe belge Harry Gruyaert livre une confession saisissante sur sa pratique artistique. Il déclare : « Dans la rue, je suis comme un pickpocket, je vole des trucs à gauche, à droite, je photographie des gens sans demander leur permission. » Cette comparaison audacieuse résume l'approche instinctive et furtive qui caractérise son travail de photographe de rue.
Une carrière dédiée à la couleur et à l'instant
Harry Gruyaert, né en 1941 à Anvers, est connu pour ses photographies en couleur qui capturent l'énergie des espaces publics. Membre de l'agence Magnum depuis 1982, il a parcouru le monde, de l'Inde au Maroc en passant par les États-Unis, pour saisir des scènes du quotidien. Son style, influencé par le cinéma et la peinture, privilégie les compositions graphiques et les contrastes chromatiques.
Dans l'entretien, il revient sur sa méthode : « Je ne prépare rien, je me promène, je regarde. Quand quelque chose attire mon œil, je déclenche. C'est un vol, mais un vol poétique. » Il insiste sur l'importance de la spontanéité et du hasard, qu'il considère comme des alliés essentiels.
La rue comme terrain de jeu
Pour Gruyaert, la rue est un théâtre où se jouent des saynètes imprévisibles. Il explique : « Les gens sont dans leur propre monde, distraits. Moi, je suis aux aguets. Je vole des fragments de réalité. » Cette approche rappelle celle des photographes de rue comme Henri Cartier-Bresson, mais avec une prédilection pour la couleur et les atmosphères saturées.
Le photographe évoque également son rapport à la lumière : « La lumière du nord de l'Europe est douce, celle du sud est violente. Je joue avec ces contrastes. » Ses images, souvent prises en plein soleil, créent des ombres nettes et des reflets éclatants.
Un art de la discrétion
La comparaison avec le pickpocket n'est pas anodine. Gruyaert admet que photographier sans permission peut être intrusif, mais il justifie son geste par la recherche de l'authenticité. « Si je demande, les gens posent, ils jouent un rôle. Je veux des instants vrais, volés. » Il précise cependant qu'il respecte les limites : « Je ne photographie jamais les enfants ou les personnes en détresse. Il y a une éthique. »
L'épisode du podcast, d'une durée d'environ 30 minutes, explore également ses débuts, ses influences (notamment le cinéma de la Nouvelle Vague) et ses projets récents. Harry Gruyaert y partage des anecdotes sur ses voyages et ses rencontres.
Un regard sur le monde contemporain
À 83 ans, Harry Gruyaert continue de photographier. Il observe que la rue a changé avec l'avènement des smartphones : « Tout le monde prend des photos. Mais moi, je cherche encore la beauté dans le chaos. » Son travail est régulièrement exposé et publié. L'épisode #185 du Goût de M est disponible en écoute gratuite sur le site du Monde et les plateformes de podcast.



