Circulation(s) 2026 : un laboratoire des écritures visuelles contemporaines
Niché dans le XIXe arrondissement de Paris, à l'abri de l'agitation de la rue d'Aubervillers, le festival Circulation(s) déploie une nouvelle fois son panorama de la photographie émergente européenne. L'événement se tient sous l'historique verrière du Centquatre-Paris, un lieu emblématique qui accueille cette manifestation annuelle depuis sa création en 2011 par l'association Fetart.
Une plateforme dédiée aux talents émergents
En quinze années d'existence, Circulation(s) s'est imposé comme un véritable tremplin pour les jeunes photographes et un laboratoire des écritures visuelles actuelles. La ligne directrice du festival demeure constante : révéler des talents sans distinction de notoriété ou de parcours, afin de saisir les préoccupations esthétiques et sociétales d'une génération en mouvement.
L'approche artistique privilégie les démarches hybrides, mêlant photographie, vidéo, installation et pratiques expérimentales. La direction artistique est collégiale, et les exposants sont sélectionnés à l'issue d'un appel à candidature ouvert. Pour cette édition 2026, vingt-six artistes issus de quinze nationalités différentes investissent les lieux, rejoints par quatre photographes invités dans le cadre d'un focus spécial consacré à l'Irlande.
Explorer les mutations européennes contemporaines
L'édition 2026 s'inscrit dans une réflexion élargie sur les transformations en cours à travers l'Europe, qu'elles soient environnementales, politiques ou identitaires. Entre réalité et fiction, documentaire et mise en scène, l'approche transversale du festival permet de croiser des récits personnels avec des problématiques globales.
Parmi les artistes français sélectionnés, Manon Tagand développe un projet sensible autour de la filiation sous forme d'enquête post-coloniale. Le duo T2i & NouN inscrit quant à lui son travail dans une réflexion écologique critique, s'appuyant sur une créature légendaire du folklore guyanais : Manman Dilo, une "Mère des eaux" à la fois redoutée et protectrice.
Des œuvres marquantes aux résonances internationales
La dimension internationale du festival se manifeste à travers des œuvres puissantes comme la série Eruption de l'Ukrainienne Olia Koval. Cette création présente un intérieur domestique envahi par quarante mille petites punaises rouges fabriquées à la main, offrant une métaphore saisissante de l'occupation militaire et de la contamination du quotidien par la guerre.
Natalia Majchrzak, photographe résidant en Belgique mais originaire de Pologne, reconstitue quant à elle les souvenirs subjectifs d'une enfance estompée avec son projet Keczupowo – surnom de Włocławek, sa ville natale. Son travail joue avec ironie sur les codes visuels de la culture populaire, créant un dialogue entre mémoire personnelle et références collectives.
Un chassé-croisé riche en contrastes
En mettant en lumière les travaux singuliers de cette nouvelle génération de photographes à travers l'Europe, Circulation(s) – qui porte bien son nom – offre un chassé-croisé riche en contrastes dans le champ de l'image contemporaine. Les visiteurs peuvent circuler librement parmi ces propositions artistiques jusqu'au 17 mai 2026, découvrant ainsi la vitalité et la diversité des pratiques photographiques émergentes.
Le festival continue ainsi d'affirmer sa mission première : créer un espace de rencontre et de découverte où les frontières entre les disciplines s'estompent, où les regards se croisent, et où les préoccupations d'une époque en pleine mutation trouvent leur expression visuelle.



