De notre envoyé spécial à la Villa Médicis, à Rome, « C’est un émerveillement renouvelé chaque matin et devant la beauté de cet endroit, la lassitude n’existe pas. » On peut comprendre Sam Stourdzé. Nommé directeur de la Villa Médicis en 2020 puis reconduit l’an dernier pour un nouveau mandat de trois ans, ce spécialiste de l’image contemporaine a la chance de diriger « l’un des plus beaux endroits au monde ». Un joyau de la Renaissance perché sur la colline du Pincio qui surplombe Rome et offre un panorama incroyable sur la ville éternelle. « C’est la plus belle vue de Rome et cela appartient à la France », sourit malicieusement l’ancien directeur des Rencontres de la photographie d’Arles.
Un palais chargé d'histoire
Construits au XVIe siècle et résidence du cardinal Ferdinand de Médicis, le palais et ses sept hectares de jardins sont une propriété de la République depuis leur achat par Napoléon Bonaparte en 1803. C’est dans ce bijou que l’empereur décide d’installer l’Académie de France à Rome, fondée en 1666 par Louis XIV. Avec l’objectif d’envoyer de jeunes artistes se former au plus près des chefs-d’œuvre de l’Italie de la Renaissance.
Des pensionnaires illustres
Des siècles plus tard, c’est toujours la mission centrale de la Villa Medici, son nom italien. « C’est une grande résidence pour des artistes, chercheurs et créateurs », souligne le directeur des lieux. Un symbole du rayonnement de la culture française qui accueille chaque année dans son écrin 80 pensionnaires sélectionnés par un jury, dont 16 en résidence pendant un an. Parmi les chanceux qui ont profité de ce cadre propice à l’inspiration, on peut citer d’anciens prix Goncourt comme Marie Ndiaye et Laurent Mauvignier ou les célèbres compositeurs Claude Debussy ou Hector Berlioz.
« Le lieu s’est aussi ouvert au fil des années à d’autres nationalités, à d’autres disciplines et à d’autres publics comme des lycéens des filières pro », indique Sam Stourdzé. L’ouverture, cela n’a d’ailleurs pas été la qualité première des lieux pendant longtemps. Ce qui a valu à la villa de nombreuses critiques et polémiques, beaucoup jugeant qu’elle vivait en vase clos, fermée sur l’extérieur et uniquement fréquentée par des happy few triés sur le volet. « De par sa situation géographique et sa façade austère, c’est vrai que le lieu semble un peu fermé mais il s’est largement ouvert », souligne son directeur.
Un lieu qui s'ouvre au public
Depuis une quinzaine d’années, des visites guidées sont ainsi proposées pour découvrir ses sculptures anciennes, son escalier en colimaçon et sa vue spectaculaire sur Rome depuis le belvédère. Mais aussi sa majestueuse façade donnant sur des jardins peuplés de pins, d’agrumes en tous genres et d’une dizaine de paons se la coulant douce autour de l’obélisque et de la fontaine. « C’est vraiment sidérant de beauté, s’exclame Thierry, originaire de Nancy, qui découvre la villa pour la première fois. Ce n’était pas prévu au départ dans notre programme de visites à Rome mais cela vaut vraiment le détour. »
Même émerveillement pour Arthur, un lycéen des Hauts-de-France accueilli en mai dans le cadre du programme Résidence Pro, qui n’a jamais vu un endroit « aussi ouf » de sa vie. « On se sent vraiment dans une bulle hors du temps et on en prend plein les yeux », témoigne l’adolescent, visiblement pas pressé de quitter la villa enchanteresse.
Un refus de tomber dans le surtourisme
Depuis sa prise de poste, Sam Stourdzé s’attache d’ailleurs à ouvrir ce palais de la République au plus grand nombre. « On a accueilli 150 000 visiteurs l’an dernier, un chiffre qui a doublé en quatre ans », se félicite le directeur de la Villa Médicis, refusant toutefois de céder aux sirènes du surtourisme. « Les visites ne se font que par petits groupes pour préserver le calme des lieux, explique-t-il. On peut encore augmenter le nombre avec une limite fixée à 200 000 visiteurs mais cela n’a rien de comparable avec les millions de touristes au Colisée ou au Vatican. »
Sachez aussi que pour vraiment profiter de ce joyau en plein cœur de Rome, il est également possible d’y séjourner dans six chambres d’hôtes qui viennent d’être réaménagées par des architectes et des designers.



