Mont-de-Marsan : un incunable de 1486 exposé pour la première fois
Un livre de 1486 dévoilé à Mont-de-Marsan

Conservé à l'abri des regards, le plus ancien ouvrage de la médiathèque Philippe-Labeyrie se dévoile au public. Il s'agit d'un livre datant de 1486, rare et chargé d'histoire. Dans le silence feutré du magasin de conservation, inaccessible au public pour des raisons de sécurité et de préservation, repose un témoin exceptionnel des débuts de l'histoire de l'imprimerie. Un incunable de 1486, âgé de 540 ans, que la médiathèque Philippe-Labeyrie de Mont-de-Marsan a choisi de présenter pour la première fois au grand public. Une initiative qui suscite déjà l'engouement.

Un incunable, témoin de la naissance du livre moderne

Ce livre n'est pas un ouvrage comme les autres. C'est un incunable, ces premiers livres imprimés par procédé typographique entre 1455 – date de l'invention de l'imprimerie par Gutenberg – et 1500. Le terme, issu du latin, signifie « berceau », comme pour évoquer la naissance du livre moderne.

Celui conservé à Mont-de-Marsan a été imprimé à Paris en 1486 par un certain Jean Bonhomme et commenté par Cosme Guymier, un chanoine de Paris, docteur en droit canon. Il s'agit d'un commentaire de la Pragmatique sanction de Bourges, une ordonnance royale promulguée en 1438 par Charles VII, qui redéfinit les rapports entre l'Église de France et la papauté de Rome. « On peut retrouver ces indications dans le colophon à la fin du livre », note Stéphanie Jaulin-Baris, bibliothécaire et gestionnaire du fonds patrimonial.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

« C'est un texte très important qui pose l'évolution des idées et des statuts de l'Église de France », précise-t-elle. Le texte de loi occupe le centre de la page, entouré de commentaires disposés en colonnes, dans une écriture gothique dite rotunda. Dense, resserrée, elle témoigne d'une époque où le papier coûte cher et où chaque espace compte.

Un objet hybride entre artisanat et technique

L'ouvrage est aussi un objet hybride, à mi-chemin entre artisanat et production technique. « L'imprimeur a laissé des espaces pour que des enluminures ou des lettrines soient ajoutées à la main », explique Évelyne Chayes-Dubos, assistante de conservation. Chaque exemplaire devient ainsi unique. Celui de Mont-de-Marsan porte encore les traces de ses anciens propriétaires, dont un chanoine de Béziers – il a laissé son ex-libris au bas de la première page – avant d'arriver à Toulouse et finalement à Saint-Sever, en 1687. La mention « À l'usage des Frères Capucins, le couvent de Saint-Sever, inscrit dans le catalogue en 1687 » apparaît, en effet, dans l'ouvrage.

En feuilletant, avec mille précautions, les pages de ce document séculaire, le lecteur attentif découvrira dans les marginalia (marges), des petites mains dessinées (« manicules ») qui agissent comme des curseurs d'ordinateur laissés par les lecteurs d'autrefois pour signaler les passages importants.

Un trésor restauré et des animations pour tous

Restauré dans les années 1990, l'incunable a récemment bénéficié d'un nouvel entretien minutieux. « On a même acheté de petits aspirateurs spéciaux pour procéder au nettoyage du livre », confie Cécile Mailharrou. Une attention particulière pour un ouvrage rarissime : il n'en subsiste qu'une vingtaine d'exemplaires dans le monde, dont une dizaine en France.

Ce trésor s'inscrit dans un ensemble bien plus vaste. La médiathèque montoise conserve environ 11 000 documents patrimoniaux, du XVe au XXe siècle, issus notamment des confiscations révolutionnaires. « Il s'agit principalement de collections héritées de l'abbaye de Saint-Sever, mais aussi de Dax ou de Tartas », précise Stéphanie Jaulin-Baris. Un fonds riche en ouvrages scientifiques, récits d'exploration ou traités naturalistes.

Au-delà de la simple exposition, la médiathèque a souhaité transmettre cette histoire aux plus jeunes. Toute l'année, des élèves de CM2 de l'école du Bourg-Neuf et de la commune de Vert ont participé à des ateliers autour du livre, de sa fabrication à son vocabulaire. Leur travail donnera lieu à la création d'un ouvrage collectif.

Du 5 au 9 mai, l'exposition « Bienvenue dans mon imprimerie », conçue à partir de l'ouvrage « Le Typographe » de Gaby Bazin, propose une plongée dans les coulisses du métier d'imprimeur. Les images de l'autrice-illustratrice jeunesse dialoguent avec les créations d'élèves de CM2.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Samedi 9 mai, deux autres rendez-vous sont prévus. À 10 heures, un atelier enluminure animé par Martine Verpeaux permettra de s'initier à cette technique de décoration réalisée à la main. À 15 heures, découverte de l'incunable. Renseignements et inscriptions : sur place, par téléphone au 05 58 46 09 43 ou sur le site de la ville.

Quant à l'incunable, il continuera de fasciner les visiteurs lors de présentations organisées ces samedis 9 (à 15 heures) et 23 mai. Une occasion rare de contempler, de près, ce « berceau » du livre imprimé. Et de mesurer, cinq siècles plus tard, toute la modernité de ses pages.