La rentrée théâtrale dans les Alpes-Maritimes s'annonce riche, avec des classiques russes revisités, Molière à l'heure contemporaine et des acteurs seuls en scène. D'Antibes à Monaco, en passant par Nice ou Grasse, les scènes du département font dialoguer les grands classiques avec les préoccupations de notre époque. Voici notre sélection de pièces à voir jusqu'à la fin de l'année.
Deux classiques russes toujours d'actualité
La force du texte au service du talent des acteurs. En 1887, Anton Tchekhov écrivait Ivanov, l'histoire d'un propriétaire terrien rongé par une profonde mélancolie, le doute et l'ennui. Accablé par des dettes et l'agonie de sa femme, il s'isole de son entourage et rejette l'affection d'une jeune femme dont il tombe amoureux. Comme il le fait souvent avec maestria, Jean-François Sivadier s'empare de ce classique en y ajoutant sa patte contemporaine.
La pièce est proposée au Théâtre National de Nice (TNN), réunissant une dizaine d'acteurs au plateau, avec notamment Nicolas Bouchaud et Norah Krief dans les premiers rôles. Toute la troupe parvient à conjuguer la noirceur du texte avec une pointe d'humour, un équilibre qui donne toute sa puissance à la pièce. « Que faire ? » Les pièces de Tchekhov semblent poser cette question sans relâche. Il ne savait pas dans quel monde futile, décevant et compliqué il mettait les pieds, et à quel monde, le même, subtil, exigeant et secret, il confiait ses écrits.
Résurrection de Tolstoï adaptée par Leïla Slimani
Autre classique russe revisité à Nice : Résurrection de Tolstoï, qui croise la route de Leïla Slimani. Sur scène, on retrouve la troupe de la Comédie-Française dans cette pièce où un jeune homme de bonne famille se retrouve juré au procès d'une femme accusée de meurtre. Il reconnaît alors cette femme, autrefois au service de sa famille. Il a abusé d'elle et l'a mise enceinte avant de l'abandonner. Désireux de racheter sa faute, il tente de l'innocenter, mais elle refuse son aide pour l'obliger à affronter les conséquences de ses actes.
L'autrice propose une adaptation engagée d'une histoire qui trouve encore des résonances contemporaines. « Résurrection de Tolstoï est un texte dans lequel sont présentes toutes mes obsessions. Ce livre me passionne car il explore la question des bonnes intentions. Nekhlioudov est un idéaliste, il "veut faire le bien avec les fruits du mal". En cela, il m'apparaît comme un personnage profondément contemporain », détaille Leïla Slimani dans la note d'intention.
Ivanov. Du 14 au 16 octobre au Théâtre national de Nice. Tarif de 5 à 35 euros.
Résurrection (Un cas de conscience). Du 12 au 14 novembre au Théâtre national de Nice, salle de la Cuisine.
Molière trouve toujours des résonances
Plus de 350 ans après sa mort, Molière reste d'actualité. Il continue d'alimenter les programmations des théâtres et d'inspirer les metteurs en scène. Parmi les propositions figure une pièce qui a fait sensation à Paris et a également séduit le public de Ramatuelle cet été : Le Bourgeois gentilhomme, dans une mise en scène de Jérémie Lippmann, avec Jean-Paul Rouve, éclatant dans le rôle de Monsieur Jourdain. Ce classique revisité est proposé à Monaco et à Anthéa. Il demeure intemporel par les thèmes qu'il aborde : l'obsession des apparences, le paraître ou encore le besoin de reconnaissance sociale.
Du côté de Nice et de Grasse, Jean-Baptiste Poquelin demeure aussi en haut de l'affiche, avec cette fois L'École des femmes, revisitée par Robin Renucci, avec François Morel et Juliette Cahon. Ici, il est question de domination masculine, de soumission et d'émancipation. Là encore, des sujets qui résonnent fortement avec notre époque. « Dans cette mise en scène, j'ai l'ambition de faire vibrer la dimension populaire de cette grande comédie de cour, en révélant l'humanité profonde et le souffle critique qui l'animent », plaide le metteur en scène.
Le Bourgeois gentilhomme. Au Théâtre Princesse Grace à Monaco, le 11 novembre. Du 12 au 15 novembre à Anthéa.
L'École des femmes. Du 16 au 19 décembre au Théâtre national de Nice, salle de la Cuisine. De 5 à 35 euros.
Seuls en scène et introspection
Un voyage philosophique autour d'une question : qu'est-ce qu'une rencontre ? Après son essai sur ce thème, Charles Pépin adapte son texte pour le théâtre. Et pour le porter sur scène, il peut compter sur Thierry Lhermitte. Le spectacle, joué à Monaco puis à Antibes, mêle textes littéraires, poèmes, dialogues de films et chansons pour remettre en question la rencontre, qu'elle soit amoureuse, amicale, professionnelle, spirituelle ou artistique.
« On croise plein de gens, mais les rencontre-t-on vraiment ? […] Avant de rencontrer Christian Clavier, Michel Blanc et Gérard Jugnot sur les bancs du lycée Pasteur, rien ne m'intéressait. Je flottais, je végétais. Aujourd'hui, tout m'intéresse. Et je sais que c'est grâce à eux, grâce à leur rencontre. Ce spectacle nous pose une question vertigineuse : en ne prenant pas le risque de la rencontre, se pourrait-il que nous passions à côté de nous-mêmes ? », interroge le comédien.
Le 1er octobre au Théâtre Princesse Grace à Monaco. À Anthéa, les 13 et 14 octobre.
Un retour aux sources. Jean Reno revient à ses premiers amours : le théâtre. L'inoubliable interprète de Léon monte sur les planches dans Le Chameau. Une pièce dans laquelle il se raconte. « J'ai écrit cela au fil des ans. C'est l'histoire de ma vie, tout ce qui est dit est vrai. Je raconte ma carrière, mais c'est surtout pour rencontrer le public, rencontrer l'autre. Pas pour dire : "J'ai fait ceci ou cela" », nous confiait-il durant l'été. Le comédien a d'abord joué ce spectacle au Japon avant de venir à Antibes, puis d'investir la capitale.
S'il se raconte, il n'entend pas franchir une certaine limite : « J'espère ne pas avoir le mauvais goût d'aller jusque-là. Je ne vais pas me liquéfier pour le plaisir que l'autre me voie, car, à ce moment-là, je ne serais plus un écho : ce serait de la mise en scène de moi-même. » Par ce spectacle, il entend aussi raconter son histoire aux siens. De la transmission par les planches.
Le Chameau. Du 26 au 28 novembre à Anthéa.



