La Harpie, drag queen lilloise de 27 ans, a été éliminée aux portes de la finale de « Drag Race France » lors de l'épisode mis en ligne jeudi sur france.tv et diffusé sur France 2. Elle s'incline face à Sublyme. Sans amertume, elle revient sur son parcours, ses doutes et ses projets.
Une élimination incomprise sur le moment
De retour à l'atelier après son passage devant le jury, La Harpie a exprimé ses réserves quant aux critiques reçues. « On vit le tournage d'une manière assez intense. Je ne suis peut-être pas toujours objective mais, là, je m'étais sentie plutôt bien sur le maxi-défi, et ce que l'on me disait autour confirmait cette sensation », explique-t-elle. Elle précise avoir compris les critiques sur sa tenue, mais avoue avoir été focalisée sur l'instant présent au moment d'évoquer la performance de Daisy Superbitch. Avec le recul, elle reconnaît que la place de cette dernière en finale est « méritée ».
Un début de parcours difficile
La Harpie a été classée dans le bottom, le bas du classement, lors des deux premiers épisodes. Une situation qui a perturbé son parcours. « Complètement. Je ne dis pas que ce n'était pas mérité. Dès l'hymne [l'épreuve de l'épisode 1], j'ai compris la difficulté de devoir faire une choré, de la retenir et, en plus, de lipsynquer [chanter en play-back] en même temps », confie-t-elle. Ce démarrage difficile a provoqué un « énorme manque de confiance » et l'a « complètement renfermée ». Elle se demandait si elle était « à la hauteur ».
Le déclic est venu lors de l'épisode 3, où elle a été classée dans le top. « C'était une validation. J'en étais donc capable », dit-elle. Elle évoque aussi la pression liée à sa position de première candidate représentant la scène lilloise, et l'investissement financier important. « Je voulais lui faire honneur », ajoute-t-elle.
La scène drag lilloise, une spécificité assumée
Interrogée sur les spécificités de la scène drag lilloise, La Harpie la décrit comme « très diversifiée », avec un « esprit de famille, de cohésion, d'entraide ». « Drags, à Lille, on ne se prend pas pour ce qu'on n'est pas, on est engagées, un peu punk, parfois too much aussi, mais c'est ce qui fait notre charme », précise-t-elle. Elle note une différence avec d'autres grandes villes comme Paris, où elle a pu entendre des propos qu'elle n'entendrait pas à Lille, tout en évitant de généraliser.
Ce que le parcours lui a révélé
Cette aventure lui a révélé qu'elle « en était capable », notamment face à la caméra. Elle se dit curieuse de savoir ce que les gens allaient penser d'elle, et heureuse de constater qu'elle peut être appréciée pour ce qu'elle est. Elle évoque aussi les viewings parties, notamment « Le Beach Club » qu'elle coanime avec Margarette à Paris, comme un « bonheur » mais aussi « beaucoup de fatigue ». « Je suis une machine sociale », affirme-t-elle, appréciant les échanges avec le public.
Son personnage, à l'apparence froide et hautaine, contraste avec la proximité qu'elle inspire. « Avant, à Lille, j'étais bien plus mystérieuse. Je sortais tous les trois mois et bam ! Personne n'osait venir à ma rencontre, je faisais trop peur », raconte-t-elle. L'émission a désacralisé son image, et les gens viennent plus facilement lui parler des sujets de société et politiques qu'elle aborde sur les runway.
Des projets artistiques ambitieux
La Harpie a une direction artistique précise, comme en témoignent ses récentes vidéos sur Instagram, notamment sa relecture de Desireless tournée dans le métro de Bruxelles. « Ce que j'aime vraiment, c'est raconter des histoires. Le mot qui me définit, et qui est un peu nul mais bon, c'est : ambiance », dit-elle. Un travail chronophage mais satisfaisant, qui lui donne envie de continuer.
Après la tournée « Drag Race France » de cet automne, elle aimerait faire du cinéma, voire réaliser. « J'aimerais être au dos des paquets de céréales. En fait, j'aimerais bien être une Elvira [la “maîtresse des ténèbres”, incarnée par Cassandra Peterson] française », confie-t-elle, avec la volonté de toucher le plus grand nombre et d'embarquer le public dans son univers.



