La façade du bâtiment de la Sénéchaussée à Grasse, située place du 24-Août, a été entièrement rénovée. Ce bâtiment, qui fut une importante structure judiciaire du Moyen-Âge à la Révolution française avant d'abriter des locaux municipaux, offre désormais un aspect néoclassique restauré. Les travaux, commencés en septembre 2025 et achevés mi-mai 2026, ont coûté environ 90 000 euros, dont 60 000 euros proviennent du mécénat de la famille Bertrand (Mr. Bricolage), représentée par Barbara Bertrand.
Une restauration minutieuse pour un style XIXe siècle
La rénovation a permis de conserver le style architectural du XIXe siècle, avec ses moulures, ses arcades surbaissées et sa frise de denticules imitant la pierre grâce au béton prompt, une technique de construction née en 1817 offrant une bonne résistance à l'eau et une couleur ocre quasi naturelle. Une petite niche au niveau de la façade exposée au sud a également été restaurée, abritant désormais un oratoire. Selon la municipalité, cette niche est une « démarche que nous avons voulue pour porter l'histoire judéo-chrétienne de la ville de Grasse, qui vient prendre ses racines ici, autour de la cathédrale de Notre-Dame-du-Puy ».
Première étape d'un vaste projet de requalification
Le maire Jérôme Viaud a souligné qu'il s'agissait de « franchir une étape supplémentaire » dans le cadre d'un projet plus vaste comprenant la refonte des trois places du Petit Puy, Antoine-Godeau et du 24-Août. Ces places verront le décapage du goudron actuel pour un sol « en pierres nobles » et davantage de végétaux. Avant cela, d'importantes fouilles archéologiques seront nécessaires. « Il faudra décaper la totalité des espaces devant la cathédrale pour pouvoir regarder ce qu'il y a sous ce goudron, pour pouvoir préserver ce qui doit être préservé, exhumer ce qui doit être exhumé », a prévenu le maire. Ces fouilles devraient démarrer début 2027.
Un bâtiment chargé d'histoire
Le bâtiment de la Sénéchaussée est niché sur la colline du Puy, adossé au palais épiscopal et à proximité de la cathédrale Notre-Dame-du-Puy. Laurence Argueyrolles, directrice du service Ville d'Art et d'Histoire de la commune, explique que c'est là « où tout se jouait à Grasse depuis le Moyen-Âge ». La place du Petit Puy était le « siège du pouvoir religieux et en réalité le centre administratif de la ville de Grasse ». La cité, alors propriété du comte de Provence, devient chef-lieu de bailli en 1220, puis viguerie, avant la création de la sénéchaussée à la fin du XVe siècle, après le rattachement de la Provence au royaume de France. Dès 1574, le bâtiment abrite la cour royale de justice. La Sénéchaussée était un tribunal jugeant les affaires importantes, avec seulement deux autres structures comparables dans le sud-est de la France, à Castellane et Draguignan. Grasse englobait des cités comme Cannes, Antibes, Vence et le haut pays. Au XVIIIe siècle, les cahiers de doléances y ont été recueillis et retranscrits, conservés aujourd'hui aux archives communales. Revendu à plusieurs reprises entre la fin du XVIIIe et la fin du XIXe siècle, la Ville de Grasse l'a acquis et a réalisé d'importants travaux, donnant la façade actuelle de style néoclassique à « l'un des plus beaux et des plus marquants bâtiments de la ville ».



