Le grand orgue de la cathédrale Sainte-Réparate de Nice, un instrument monumental de 4 608 tuyaux, va bénéficier d'une restauration d'envergure estimée à un million d'euros. Victime de l'usure du temps et de composants électriques obsolètes, il est devenu « très faux » et dangereux, selon l'organiste titulaire Stéphane Eliot.
Un colosse à bout de souffle
Avec ses dimensions vertigineuses – 15 mètres de large, 17 mètres de haut, 5 mètres de profondeur et un poids de 5 tonnes – le grand orgue règne sur la nef. Mais derrière la magnificence de son buffet classique, la mécanique est épuisée. « Il sonne très faux », déplore Stéphane Eliot, qui doit livrer un combat physique à chaque office. « Il faut presque se mettre debout pour faire un accord parce que ça demande une force énorme », confie-t-il.
Éric Brottier, technicien conseil agréé par le ministère de la Culture, confirme que « les composants électriques ou électroniques sont complètement obsolètes, sont devenus dangereux, ne fonctionnent plus ou plus en partie ». L'instrument, muet ou presque entre 2006 et 2018 à la suite de graves problèmes électriques, avait été mis en sécurité, mais sa justesse et sa jouabilité restent gravement compromises.
Un chantier de 2027 à 2031
La restauration s'assimile à « un très gros entretien, couplé à une indispensable modernisation technologique », selon Éric Brottier. Les travaux se dérouleront de 2027 à 2031, en plusieurs étapes. La première phase consistera en un démontage chirurgical de quatre mois. Les 4 608 tuyaux en alliage d'étain et de plomb seront soigneusement classés, emballés et transportés vers des ateliers spécialisés. La restauration exigera 80 % de main-d'œuvre artisanale hautement qualifiée pour travailler sur la tuyauterie et les sommiers.
L'orgue sera ensuite remonté pour l'harmonisation et l'accord général, un processus sonore méticuleux. Pendant ces quatre années, la cathédrale sera privée de son orgue, un silence total pour les fidèles et les passionnés de musique sacrée.
Un financement partagé
Le budget global est d'« autour d'un million d'euros », indique Éric Brottier. « On souhaite avec nos partenaires étaler la dépense sur quatre ans », précise Pascal Fesquet, ingénieur du patrimoine à la conservation régionale des monuments historiques. L'État financera la restauration, avec le soutien attendu de la Fondation du patrimoine, de la Ville de Nice, du Département et de la Région.
Stéphane Eliot espère retrouver « le confort et la qualité sonore » et formule le vœu « de voir s'installer une nouvelle console mobile en bas, dans le chœur, pour ne plus jouer en sandwich entre les tuyaux » et renouer le dialogue musical avec le public.
Un instrument historique protégé
L'orgue de la cathédrale de Nice possède une histoire riche. Ses origines remontent à 1849, sous la main des facteurs italiens frères Serassi. En 1901, il est refondu par le facteur Martella, créateur du grand buffet. Sa forme actuelle date de 1974, lors d'une reconstruction par Robert et Jean-Loup Boisseau, inspirée par Pierre Cochereau, organiste de Notre-Dame de Paris. Ce joyau a été inscrit au titre des monuments historiques le 23 juillet 2024, garantissant la protection de l'État.



