Le 8 octobre au soir, les enquêteurs ont retrouvé les deux tableaux de Renoir dérobés le 8 septembre au musée Renoir de Cagnes-sur-Mer. Il s'agit du « Portrait de Madame Colonna Romano » et de « Jeune femme au puits ». Ils étaient cachés dans un garage situé hors de la région Paca. Les œuvres seraient « a priori en bon état », même si ce constat doit être confirmé par des examens approfondis.
Une découverte après six interpellations
Cette découverte intervient après l'interpellation de six suspects, réalisée la veille, mercredi 7 octobre, lors d'opérations coordonnées dans les Alpes-Maritimes, le Var, l'Hérault et le Doubs. Certaines arrestations ont eu lieu à Roquebrune-Cap-Martin, Fréjus et Sanary. Les deux cambrioleurs présumés figurent parmi les personnes interpellées.
L'enquête est menée par le service interdépartemental de police judiciaire des Alpes-Maritimes et l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels, sous l'autorité de la juridiction interrégionale spécialisée de Marseille. La brigade de répression du banditisme pilote l'enquête pour établir le rôle de chacun dans ce vol en bande organisée. Les gardes à vue, toujours en cours, ont vraisemblablement été décisives. Le temps de garde à vue est de 96 heures en matière de bande organisée.
Les faits du 8 septembre
Le 8 septembre à l'aube, deux individus s'étaient introduits dans la dernière demeure du peintre après avoir découpé le grillage du domaine. Quatre tableaux avaient été dérobés. L'alarme avait retenti à 5 h 48 et les policiers municipaux étaient arrivés cinq minutes plus tard. Dans leur fuite, les malfaiteurs avaient abandonné le « Portrait de Madame Stephen Pichon » et « Coco lisant », récupérés aux abords du musée. Les deux autres œuvres manquaient depuis.
L'émotion de la petite-fille de Gabrielle Colonna-Romano
La nouvelle a suscité une vive émotion chez la petite-fille de Gabrielle Colonna-Romano, jointe par Nice-Matin : « Je suis ravie, j'ai vu qu'ils avaient arrêté des voleurs. Mais alors là, je suis extrêmement heureuse. C'est extraordinaire ! »
Peint vers 1913, le « Portrait de Madame Colonna Romano » est une huile sur toile de 94 centimètres de haut sur 74 de large. Renoir y représente l'actrice de la Comédie-Française, née Gabrielle Dreyfuss, assise de trois quarts. Modèle du peintre et amie de son fils Pierre, elle apparaît également dans d'autres œuvres de l'artiste.
Ce portrait possède une histoire mouvementée. Encore dans l'atelier de Renoir à sa mort, en 1919, il est acheté à sa succession en mars 1939 par le marchand parisien Raphaël Gérard. Celui-ci le revend à l'ambassade d'Allemagne en septembre 1940. Saisi à Brême après la guerre, le tableau est rapatrié en France le 2 juin 1947. La base officielle Rose-Valland du ministère de la Culture le classe comme une œuvre « assurément non spoliée ».
Une petite peinture au parcours incertain
« Jeune femme au puits », également intitulée « Femme au puits » dans les collections du musée d'Orsay, est très différente. Peinte vers 1886, cette huile sur bois mesure seulement 35 centimètres sur 27. Restée inachevée, elle représente une femme debout, de profil, auprès d'un puits, avec un seau. Passée par la collection du marchand Ambroise Vollard, elle aurait ensuite été acquise ou saisie pendant la guerre par l'organisation nazie « Otto ». Les modalités exactes de ce transfert demeurent incertaines. Retrouvée en 1949 chez un particulier en Bavière, elle est rapatriée en France le 3 juin de cette même année. Le ministère de la Culture la considère comme une œuvre « probablement spoliée, en l'état des recherches actuelles ».
Les deux peintures sont répertoriées parmi les « Musées nationaux récupération », les MNR, ces biens revenus d'Allemagne après la Seconde Guerre mondiale et confiés à la garde des musées nationaux. Ce statut ne signifie donc pas, à lui seul, qu'une spoliation est établie. Placées sous la responsabilité du musée d'Orsay, les deux œuvres étaient en dépôt à Cagnes-sur-Mer depuis 1995.
Le maire de Cagnes-sur-Mer, Bryan Masson, a évoqué son « soulagement » dans un communiqué. « Ces deux tableaux ne sont pas de simples œuvres d'art. Ils appartiennent à l'histoire de notre ville, à notre patrimoine et à l'héritage laissé par Auguste Renoir à Cagnes-sur-Mer. »