Quand Nîmes inspirait Jefferson et la démocratie américaine
Quand Nîmes inspirait Jefferson et la démocratie américaine

Le 4 juillet 2026, les Américains ont célébré avec faste le 250e anniversaire de l'indépendance des États-Unis. Dans ce contexte commémoratif, l'émission « 28 minutes », diffusée sur Arte, a choisi de rappeler un épisode singulier : la rencontre entre Thomas Jefferson et la Maison Carrée de Nîmes. Une histoire qui, selon la chaîne, aurait indirectement inspiré la démocratie américaine.

Dans son format de trois minutes consacré à des sujets historiques ou d'actualité, Arte raconte le passage du futur président américain dans le Gard en 1787. À l'époque, Thomas Jefferson est ambassadeur des jeunes États-Unis à Paris. Ancien gouverneur de Virginie, il est également un passionné d'architecture. Il se voit confier une mission de taille : dessiner le bâtiment où les députés de l'État de Virginie voteront leurs lois.

Rompre avec l'architecture coloniale

Pour Jefferson, cette mission dépasse le simple cadre architectural. Il s'agit d'affirmer l'identité républicaine de la nouvelle nation. Son obsession : rompre avec l'architecture coloniale britannique, symbole de la domination passée. Pour trouver une source d'inspiration, il se tourne vers les Romains, dont le modèle républicain a nourri les idéaux des indépendantistes. L'ambassadeur se met alors à étudier les temples antiques, dans l'espoir d'y trouver les formes propres à exprimer cette nouvelle ambition.

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Son périple le conduit d'abord à Vienne, dans l'Isère, où il examine le Temple d'Auguste et de Livie. Dans ses notes, il consigne que cet édifice est comparable, pour ses belles proportions, à la Maison Carrée. Cette mention attise son envie de découvrir le monument nîmois.

Le coup de foudre de Nîmes

Arrivé à Nîmes, Jefferson est ébloui. La Maison Carrée, temple romain d'une conservation exceptionnelle, le fascine au point qu'il en fait une véritable déclaration d'amour. Dans une lettre à une amie, il écrit : « Me voici, Madame, à contempler pendant des heures la Maison Carrée, comme un amant devant sa maîtresse. » Une phrase restée célèbre, qui illustre l'admiration de Jefferson pour cet édifice antique.

Cette émotion se transforme rapidement en projet concret. Jefferson s'associe à l'architecte français Charles-Louis Clérisseau pour esquisser un capitole inspiré de la Maison Carrée. Ils conçoivent ensemble les plans d'un bâtiment destiné à abriter l'assemblée législative de Virginie. Pour faciliter le travail des artisans, une maquette en plâtre est fabriquée puis expédiée à Richmond.

Les aléas du chantier à distance

Cependant, le projet se heurte à une difficulté majeure : Jefferson supervise l'ensemble depuis Paris, à environ 6 000 kilomètres du chantier. Les ouvriers, laissés à eux-mêmes, prennent des libertés avec les plans. Ils ajoutent un sous-sol et modifient les colonnes, des changements qui ne sont pas du goût de l'ambassadeur. D'après Arte, ces écarts l'auraient rendu furieux. Malgré tout, le Capitole de Richmond conserve des similitudes évidentes avec le temple nîmois, notamment dans sa façade principale et son plan.

L'influence de ce projet dépasse largement les frontières de la Virginie. « Ça impressionne si fort que cette histoire d'amour avec Nîmes lance toute l'architecture américaine. Les autres États copient la Virginie », raconte Arte. En effet, le style néo-classique adopté pour le Capitole de Richmond devient une référence pour de nombreux bâtiments publics aux États-Unis.

De la Maison Carrée au Capitole de Washington

En 1801, Thomas Jefferson accède à la présidence des États-Unis. Il s'installe alors au Capitole fédéral de Washington, un édifice dont la conception s'est également inspirée, entre autres, de la Maison Carrée. Ainsi, l'empreinte de Nîmes se retrouve au cœur même du pouvoir américain.

Le récit diffusé par Arte, repris par le journal Midi Libre, met en lumière un épisode où l'architecture, la politique et la sensibilité personnelle se mêlent étroitement. Le coup de foudre de Jefferson pour la Maison Carrée n'est pas resté sans lendemain : il a contribué à façonner l'image de la jeune république américaine et à inscrire durablement le patrimoine nîmois dans la grande histoire.

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