Connaissez-vous l'origine des noms de certaines rues et lieux à Monaco ? Derrière des appellations parfois étranges se cachent des histoires fascinantes, souvent méconnues. De la rue du Gabian aux jardins des Boulingrins, en passant par la célèbre avenue d'Ostende, chaque nom raconte un pan de l'histoire de la Principauté. Cet article, inspiré de l'ouvrage de Gabriel Gabrielli, Per Carrugi, l'histoire illustrée des rues de la Principauté de Monaco (éditions Taurus, 2000), vous dévoile ces secrets.
Les jardins des Boulingrins : un héritage anglais
Au XVIIe siècle, les jardins situés face au Casino de Monte-Carlo étaient le théâtre de parties de boules. À cette époque, les boules réglementaires n'existaient pas encore. Les joueurs utilisaient tout ce qui pouvait fonctionner : boulets de couleuvrines, boulets de canon, boules de cricket ou de bilboquet. La clientèle anglaise, nombreuse dans les allées, se donnait rendez-vous sur le green, aussi appelé bowling green. Ce terme fut francisé en 1663, donnant naissance au nom « Boulingrins ».
La rue du Malbousquet : un sombre personnage
En toponymie, les Malbousquets désignent des bois mal famés. Selon Gabriel Gabrielli, une carte de bornage de 1602, dressée pour le seigneur de Monaco Hercule et le Duc de Savoie, situe à cet endroit un lieu-dit « Para sace », signifiant « lieu de ramassage ». Ce nom était l'apanage de l'assistant du bourreau, dont le rôle consistait à tendre un sac pour recevoir la tête tranchée du condamné ou recueillir son corps. Ce personnage vivait probablement dans le quartier, ce qui a inspiré le nom de la rue bien des années plus tard.
La rue basse : un nom conservé en langue locale
La rue basse, située à Monaco-Ville, est la plus proche des remparts Nord, soit l'endroit le plus bas du Rocher. C'est l'une des rares rues à avoir conservé son nom d'origine en langue locale : « Carrugiu Sutran ».
La rue Reymond Suffren : hommage à un maire
Reymond Suffren, de son nom complet Pierre-Louis, Modeste, fut maire de Monaco de 1911 à 1914, puis de 1918 à 1920. Figure politique locale importante, il partageait les opinions de Théodore Gastaud. La rue fut baptisée en son honneur le dimanche 14 juin 1923.
La rue Bellevue : une vue autrefois imprenable
Comme la rue Basse, la rue Bellevue porte bien son nom. Les habitations de l'époque jouissaient d'une vue imprenable sur la mer et le Rocher. La construction et l'urbanisation croissante de la Principauté ont fait perdre ce luxe visuel à cet axe situé à la frontière de Beausoleil.
La rue du Gabian : un clin d'œil aux goélands
Le nom de la rue du Gabian a été donné par le Conseil communal lors d'une délibération du 24 janvier 1991. La justification : « Le Gabian est l'un des noms donné au goéland. » Quel rapport avec cette voie du quartier de Fontvieille ? Plus de cinquante ans auparavant, cet endroit n'était qu'un cloaque que rejoignait la mer par forte houle, comme le rappelle Gabriel Gabrielli.
Le boulevard des Moulins : un passé industriel
Le boulevard des Moulins, axe central et très emprunté de la Principauté, accueillait autrefois des moulins. Monaco possédait trois moulins à huile et quatre moulins à farine, chacun ayant un nom. Un document conservé aux Archives du Palais princier, daté du 9 octobre 1699, indique que 61 Monégasques et 4 Turbiasques habitaient la zone. Selon Gabriel Gabrielli, « cette abondance de personnes ne peut que signifier que l'eau était abondante et que la terre était de bonne qualité ou au moins suffisamment rentable pour nourrir les travailleurs, outre le fait que les moulins requéraient de la main-d'œuvre pour les entretenir et les exploiter ».
L'avenue de Fontvieille : la vieille fontaine
Le nom Fontvieille vient du monégasque « A fonte veia », qui se traduit par « La vieille fontaine ». Il fait référence à une source d'eau qui jaillissait au bas de cette avenue menant au stade Louis-II. L'urbanisation du quartier a « dissimulé » un renfoncement en forme de voûte dans l'immeuble de la Société monégasque d'assainissement. La source se trouvait au-dessus de la route, et les habitants venaient y récupérer de l'eau fraîche.
Le quartier du Larvotto : un dérivé de « Revoto »
Le nom Larvotto serait un dérivé du mot « Revoto », trouvé dans un plan de la Principauté de 1602, également connu sous la forme « Ruvuoto ». Ce terme signifiait « le creux », car on trouvait en bord de mer une petite échancrure où la mer pénétrait jusqu'au pied des ballasts soutenant la voie ferrée, formant dans sa partie Est une plage anciennement connue sous le nom des « Mouettes ».
L'avenue d'Ostende : un jumelage belge
L'avenue d'Ostende, l'une des plus empruntées de la Principauté, doit son nom au jumelage de Monaco avec la ville belge d'Ostende, décidé par le conseil communal le 31 mars 1958. Rien à voir avec un panorama ou une montée, mais un lien diplomatique et culturel.



