Six chercheurs espagnols ont présenté jeudi 23 juillet 2026 au Musée d'Anthropologie préhistorique de Monaco une découverte qui bouleverse les connaissances sur les Néandertaliens. Ces hominidés pratiquaient des rituels, ce qui constitue la preuve la plus directe d'un comportement symbolique jamais observé chez cette espèce.
La conférence a été suivie par la communauté scientifique internationale. Enrique Baquedano Pérez, codirecteur du projet, a déclaré : « Les Néandertaliens auraient eu une capacité cognitive similaire à celle de notre espèce, l'Homo sapiens ». Cette déclaration s'appuie sur des découvertes exceptionnelles réalisées dans une grotte du nord de Madrid, la Cueva Des-Cubierta, dont le toit s'est effondré il y a des siècles.
35 crânes de mammifères dans une cavité unique
Tout commence en 2009. Une équipe d'une soixantaine de scientifiques, rattachés à l'Université d'Alcalá et au Musée archéologique et paléontologique de Madrid, découvre un ensemble de 35 crânes de mammifères vieux d'au moins 40 000 ans. Il s'agit principalement de bisons, comme l'atteste une corne découverte à la surface du site. À proximité, des restes de Néandertaliens ayant déjà été identifiés, le lien avec ces hominidés est rapidement établi.
Cette accumulation est unique au monde. Aucune autre cavité n'a livré une telle concentration de crânes d'animaux présentant des caractéristiques similaires. Les chercheurs décident alors de mener des analyses approfondies pour comprendre l'origine de cet assemblage.
Des crânes masculins aux mâchoires retirées
La première hypothèse est celle de déchets alimentaires : des chasseurs auraient rapporté les têtes des animaux pour les consommer. Mais les indices s'accumulent en faveur d'une autre interprétation. « Les crânes que nous avons trouvés appartenaient tous à des animaux mâles à cornes. Il leur manquait également la mâchoire supérieure et la mâchoire inférieure », explique César Laplana, paléontologue du projet.
Cette sélection n'a rien d'aléatoire. « Il y avait une intention derrière cela : ces animaux n'avaient pas été choisis au hasard », ajoute-t-il. Les animaux concernés sont tous des mâles dotés de cornes, ce qui évoque une forme de trophée ou de symbole.
Une absence de squelettes qui écarte l'hypothèse alimentaire
Les chercheurs ont aussi été intrigués par « l'absence de restes des squelettes des animaux », souligne César Laplana. Aucun ossement du corps n'a été retrouvé dans la grotte, seulement les crânes. « Ceci n'est pas habituel. Tout indique que les animaux dans la grotte n'avaient pas une fonction alimentaire. Ils n'allaient pas transporter les têtes jusqu'à la grotte simplement pour les manger. Il devait y avoir une autre raison », poursuit-il.
Les crânes ont donc été déposés intentionnellement, peut-être après des chasses cérémonielles ou lors de pratiques rituelles. Les scientifiques estiment que les têtes étaient probablement exposées ou suspendues, mais aucune trace de fixation n'a pour l'instant été découverte.
Une hypothèse publiée dans Nature en 2023
En 2023, l'équipe publie une hypothèse révolutionnaire dans la prestigieuse revue scientifique Nature. Les crânes étaient utilisés dans le cadre d'un rituel. Il s'agit de l'évidence la plus claire jamais trouvée de comportement symbolique chez les Néandertaliens. Cette publication marque un tournant dans la recherche sur ces hominidés, longtemps considérés comme des êtres brutes et sans culture.
La présentation à Monaco, dans le cadre du Musée d'Anthropologie préhistorique, vient renforcer cette thèse et la faire connaître à un public plus large. Le choix du lieu est symbolique : la principauté possède elle-même un site préhistorique célèbre, la grotte du Prince, qui a livré des vestiges néandertaliens et alimente les débats sur d'éventuels rites funéraires.
Des questions encore sans réponse
Si la découverte est majeure, elle soulève une question centrale : à quoi servaient ces rituels ? Les chercheurs avancent plusieurs pistes, comme des rites de chasse pour honorer les animaux abattus, des cérémonies sociales renforçant la cohésion du groupe, ou encore des pratiques liées à des croyances spirituelles. Mais aucune preuve décisive ne permet de trancher.
Une autre question concerne la transmission de ces pratiques. Les rituels impliquent une forme de mémoire collective et de tradition, ce qui suppose une organisation sociale élaborée. Les scientifiques espagnols comptent poursuivre les fouilles et les analyses pour tenter de répondre à ces interrogations.
« En science, lorsqu'une porte se ferme, une autre s'ouvre », résume le codirecteur du projet. Et cette histoire ne fait que commencer.



