À l'aurore, la mer des rochers brille d'une lumière unique. Chaque dimanche d'été, Midi Libre propose un itinéraire de randonnée dans un lieu habité d'Histoire ou de légendes. En cette période chaude, il est conseillé de l'explorer aux premières lueurs du jour pour profiter de quelques moments de frais.
Un océan de calcaire vieux de 145 millions d'années
Au départ du village médiéval de Sauve, dont les places principales offrent des vues déjà splendides, la Mer des Rochers propose aux aventuriers paisibles un retour surprenant dans de grandes périodes de notre histoire. Formé il y a 145 millions d'années, cet océan de calcaire témoigne du long et silencieux travail de l'érosion. Sur ses points culminants, on contemple un océan de pierres et de verdures.
Les sentiers, facilement accessibles, traversent surtout des méandres de pierres et de garrigues. Attention à ne pas se perdre. À de nombreux endroits, à travers failles, cavernes et avens, on aperçoit furtivement le monde souterrain. La formation karstique offre des paysages de toute beauté.
Un itinéraire de 3,8 km pour découvrir l'essentiel
Pour les explorateurs et randonneurs néophytes, il existe plusieurs sentiers balisés. Le plus complet pour découvrir l'essentiel est facilement accessible : 3,8 km de chemin qui part et revient au village (prévoir bonnes chaussures, eau et couvre-chef), 92 m de dénivelé pour 1 h 30 de sortie environ. Le départ peut se réaliser depuis la rue des Fossés de la Ville pour rejoindre la Traversée de Corconne. Le sentier offre de premières vues sur le paysage figé de la Mer.
En continuant vers le sud, on retrouve le chemin du Coutach qui mène jusqu'à Corconne. Mais les yeux et les pieds doivent d'abord s'arrêter aux abords du grand aven de Sauve, un trou béant de 30 mètres de profondeur que l'on aperçoit uniquement en étant en son bord, tant la verdure est ici prédominante. À son fond, accessible facilement par un ancien chemin, on peut y voir une légère résurgence du Vidourle. Ici, chose rare, un fleuve coule sous la mer : après avoir plongé sous le karst en aval de Saint-Hippolyte-du-Fort, le Vidourle coule sous les grandes pierres calcaires pour ressortir au pied de Sauve, à la résurgence.
Des vestiges historiques et des histoires invisibles
En continuant le chemin, qui amorce un retour vers Sauve, on passe devant le château de Roquevaire, puis, juste en haut du village, au pied des ruines du Castellet. Ce dernier, vestige de l'histoire moderne des lieux, montre une présence ancienne des humains sur le plateau. Plus visibles que les cavités cachées utilisées jadis par les fidèles protestants et autres Camisards à l'époque où ils étaient persécutés par la couronne de France.
Mais ce sont les histoires invisibles qui donnent un peu plus à la mer des rochers son penchant poétique. Comme sur le causse Méjan, en Lozère, le site regorge de "terra rossa". Entre le calcaire, cette "terre rouge" riche en humus est particulièrement fertile. Au Moyen-Âge, on voit ici pousser des micocouliers (pour la fabrication des fourches), puis quelques pâturages. Au fil des décennies viendront ensuite des parcelles d'oliviers, des jardins, des fèves, des pois chiches et même des vignes. Au XIXe siècle, l'agriculture vivrière devient commerciale, au point de permettre à Sauve d'obtenir une gare et le chemin de fer à ses pieds. On cultive la figue, mais surtout la Duraou de Sauve, variété de cerise qui se plaît à pousser ici grâce à un porte-greffe efficace. Cette variété, qui se conserve longtemps, était envoyée par tonnes vers Paris et Londres. Elle a disparu du massif après la Seconde guerre mondiale, vaincue par la concurrence.
Une mer pas si déserte : vie et oasis
Les années 1950 témoignent de la désertion progressive de la Mer des Rochers. Pourtant, elle n'est pas complètement revenue à l'état sauvage. Au-delà des randonneurs de passage, une minorité de propriétaires de parcelles cherchent à conserver quelques soupçons de vie humaine. Ainsi, dans celle de la famille Rieu, le mazet qui est au centre est accessible à qui veut. "Quand il le fermait, Jean Rieu, son propriétaire, subissait du vandalisme, conte Jean-Raymond Cohen, de l'association patrimoniale Sauve est là. Un jour, il a décidé de le laisser ouvert avec un mot demandant aux gens d'en prendre soin." À présent, le mazet est embelli par quelques tables, un bar en bois décoré et une allée d'iris entretenue. Une petite oasis dans cette immensité blanche et verte.



