Magda Fontanges, ancienne maîtresse de Mussolini et espionne présumée, est morte seule à Genève en 1960, après avoir été emprisonnée, internée en hôpital psychiatrique et avoir vécu recluse. Son suicide aux neuroleptiques, à l'âge de 55 ans, marque la fin d'une descente aux enfers débutée après la guerre.
Une sortie de prison sous conditions
En janvier 1952, le matricule 9 075 sort de la prison de Toulouse en liberté conditionnelle. Il s'agit de Madeleine Coraboeuf, alias Magda Fontanges. Le magazine Radar l'interviewe à sa sortie, la décrivant avec « cinq baluchons mal ficelés », sans argent ni amis. Elle porte de vieux vêtements offerts par des œuvres charitables. C'est grâce à une dame patronnesse qu'elle a obtenu son bon de sortie, et une châtelaine a accepté de l'héberger sans connaître son passé.
Sa liberté est conditionnée : elle doit demeurer dans un village perdu de l'Ariège, Moulis, ce qui lui rappelle la Lozère. Mais elle brave l'interdit et revient à Paris pour y travailler comme barmaid. Elle est arrêtée, remise en prison, puis relâchée en raison de son état de santé. Plusieurs psychiatres diagnostiquent chez elle une maladie paranoïaque.
Internement et tentative de vol
Libérée, Magda Fontanges développe des idées fixes. En 1955, elle décide de tuer son avocat et amant, qu'elle estime l'avoir mal défendue. Elle n'a finalement le temps que de tenter de lui voler un tableau d'Utrillo dans son bureau. Arrêtée, elle est de nouveau emprisonnée, puis internée dans un asile d'aliénés jusqu'en 1959.
Après sa sortie, elle passe quelques mois dans sa maison de Pouillé-les-Côteaux. Le bruit court qu'elle écrit ses mémoires, mais on n'en a pas retrouvé la trace. Déjà avant la guerre, elle justifiait la faiblesse de sa production journalistique en disant : « Je suis si prise par mon roman. Vous verrez, un roman exceptionnel ! »
Une réclusion qualifiée de « sorcière »
La presse de l'époque se montre critique envers son style. Le journal La Presse commente : « Écrire et surtout vivre un roman ! », ajoutant qu'elle avait « une plume assez nonchalante, rares furent ses articles et ses chroniques ». Le magazine Qui ? est plus sévère, raillant « une prose insipide et filandreuse ».
Retirée dans sa maison de campagne près de Nantes, elle est souvent décrite en robe de chambre ou avec des habits démodés. La presse rapporte : « Sa longue silhouette négligée l'apparente à une sorcière ». Un jour, elle quitte sa maison en laissant entendre qu'elle ne reviendra pas.
Suicide à Genève et funérailles discrètes
Elle part pour Genève, où elle est hébergée par une association de bienfaisance. Elle se suicide en avalant des neuroleptiques. La Gazette de Lausanne, le 7 octobre 1960, relate : « Elle s'était présentée vendredi soir au foyer des Amies de la jeune fille et un lit fut placé pour elle dans le bureau de la directrice. Samedi matin, la directrice, qui n'obtenait pas de réponse, ouvrit la porte et trouva le cadavre de l'ancienne amie de Mussolini. »
Son corps est rapatrié à Pouillé-les-Côteaux, où elle est inhumée aux côtés de son père. Quatre personnes assistent à l'enterrement : le maire, le fossoyeur, le curé et un enfant de chœur. Cet épisode conclut la série consacrée à Magda Fontanges, qui avait connu la gloire comme maîtresse de Mussolini et espionne nazie avant de finir dans l'oubli.