Depuis octobre 2023, l'armée israélienne mène des opérations de destruction systématique dans le sud du Liban, visant non seulement des infrastructures militaires du Hezbollah, mais aussi des maisons, des églises, des mosquées et des sites archéologiques. Face à cette situation, des habitants et des associations locales se mobilisent pour sauver ce qui peut l'être de leur patrimoine et de leur mémoire collective.
Des destructions qui touchent le patrimoine ancestral
Selon un rapport de l'ONG Human Rights Watch publié en juillet 2025, au moins 34 sites culturels et historiques ont été endommagés ou détruits par les frappes israéliennes dans le sud du Liban. Parmi eux figurent des vestiges phéniciens, romains et byzantins, ainsi que des édifices religieux chrétiens et musulmans. L'armée israélienne affirme pour sa part ne cibler que des positions du Hezbollah, mais les associations locales dénoncent des destructions aveugles.
Dans le village de Mays al-Jabal, la mosquée historique du XVIIIe siècle a été réduite en cendres. À Deir Mimas, l'église Saint-Georges, datant du XIXe siècle, a été endommagée par des tirs d'artillerie. « C'est notre histoire qui part en fumée, se désole Ali, un habitant de Mays al-Jabal. Nous avons perdu des lieux de culte, des écoles, des maisons familiales qui étaient là depuis des générations. »
La course contre la montre des associations
Des associations comme l'Association pour la protection du patrimoine libanais (APPHL) et le Comité de sauvegarde du patrimoine de Tyr organisent des missions de sauvetage. Elles documentent les dégâts, récupèrent des objets précieux (manuscrits, icônes, sculptures) et tentent de consolider les structures menacées d'effondrement. « Nous travaillons dans l'urgence, explique Rania, coordinatrice de l'APPHL. Chaque jour, nous perdons un peu plus de notre mémoire. »
Ces efforts sont entravés par les bombardements constants et l'accès difficile aux zones proches de la frontière israélienne. Selon l'UNESCO, 80 % des sites classés au patrimoine mondial dans le sud du Liban sont situés dans des zones de conflit actif, ce qui rend leur protection quasi impossible. L'organisation internationale a lancé un appel à la protection des biens culturels, mais sans effet concret sur le terrain.
Un impact profond sur la mémoire collective
La destruction du patrimoine n'est pas seulement matérielle : elle affecte aussi l'identité et la mémoire des communautés. « Quand on détruit une église ou une mosquée, on ne détruit pas seulement des pierres, on détruit un lieu de rassemblement, un symbole de coexistence, souligne l'historien libanais Joseph Abi Rached. C'est une attaque contre la diversité culturelle du Liban. »
Les habitants tentent de préserver la mémoire par d'autres moyens : ils collectent des témoignages, des photographies et des vidéos des sites disparus, et les partagent sur les réseaux sociaux. Un groupe Facebook, « Mémoire du Liban-Sud », compte plus de 10 000 membres qui échangent des souvenirs et des documents. « Nous ne voulons pas que nos enfants oublient ce qu'était leur village avant la guerre, confie Fatima, une habitante de Bint Jbeil. C'est notre manière de résister. »
Selon un rapport du ministère libanais de la Culture, plus de 1 200 bâtiments historiques ont été endommagés ou détruits dans le sud du pays depuis le début des hostilités. Les autorités libanaises estiment le coût des dégâts à plus de 500 millions de dollars. La reconstruction, si elle a lieu un jour, devra composer avec les ruines et les souvenirs.



